Le président de la FCPE: «Si l'on veut faire évoluer la société, il faut éduquer et non mater les enfants»

INTERVIEW Pour Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, les travaux d'intérêt général n'ont rien à faire dans le système scolaire, qui doit privilégier l'éducatif...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

— 

Rentrée des classes  au lycee Buffon à Paris le 2 septembre 2008.
Rentrée des classes au lycee Buffon à Paris le 2 septembre 2008. — WITT/SIPA

Des travaux d’intérêt général, ou «mesures de responsabilité», au collège et au lycée. C’est l’idée du ministre de l’Éducation, Luc Chatel, pour sanctionner les élèves qui se conduisent mal au sein de leur établissement, et leur faire comprendre les conséquences de leurs actes. Peine perdue selon Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves). Il explique à 20Minutes que ces nouvelles sanctions ne sont pas une solution éducative, mais seulement répressive.

Que pensez-vous de la mise en place de travaux d’intérêt général pour les collégiens et lycéens?

J’ai participé à la consultation effectuée depuis le début de l’année par Luc Chatel sur cette question, et ce n’est pas l’état d’esprit que j’avais compris. Il parlait d’alternative à la sanction, or il propose comme d’habitude du répressif, et pas de l’éducatif. Les travaux d’intérêt général, même quand on les appelle «mesures de responsabilité», ne sont pas une alternative à la sanction. Ce n’est pas de l’éducation, mais bel et bien une sanction. Et ce n’est pas ce dont les établissements ont besoin. Et surtout, ce n’est pas une nouveauté.

Comment cela?

Si on veut monter de tels projets avec les associations, on peut le faire. Cela existe déjà dans certains établissements. Mais, et c’est là toute la différence, ce n’est pas seulement fait pour ceux qui ont fait une bêtise, c’est pour tous les élèves. Cela permet de véritablement les éduquer, en amont. La faute d’un jeune n’est pas définitive, et si l’on veut faire évoluer la société, il faut éduquer et non mater les enfants.

Un gamin qui tague le couloir de son collège, il est normal qu’il nettoie. Mais il ne s’agit que de faire pénitence, pas de comprendre du côté des éducateurs pourquoi l’élève a fait cela, ni d’apprendre du côté des élèves pourquoi il ne faut pas faire cela. Et on fait quoi quand il s’agit d’insultes, de manque de respect?

Justement, que faudrait-il faire selon vous?

Je crois en la force de l’éducation. On est dans le système scolaire, où il faut faire de l’éducation. Si l’on fait du répressif, on est dans le système pénitentiaire. Il faudrait plutôt faire participer tous les élèves à des sessions avec des associations pour parler de la façon dont on vit en société, dont on vit ailleurs aussi. Il serait plus malin de prôner cela plutôt que de penser qu’on va régler le problème en expédiant ailleurs pendant 20 heures le gamin qui pose problème. D’autant qu’en 20 heures, il n’apprendra pas grand-chose. La vraie solution est de faire preuve de pédagogie, de psychologie en amont.  Et ce n’est pas avec 50.000 postes d’enseignants en moins que cela va être possible.