Acquitté, Loïc Sécher ne poursuivra pas son accusatrice

JUSTICE Condamné en appel à 16 ans de réclusion en 2004 pour viols sur mineure, Loïc Sécher a été reconnu innocent ce vendredi...

Avec Reuters
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Loïc Sécher, condamné en appel à 16 ans de réclusion en 2004 pour viols sur mineure, arrive à la cour d'assises de Paris pour la révision de son procès, le 20 juin 2011.
Loïc Sécher, condamné en appel à 16 ans de réclusion en 2004 pour viols sur mineure, arrive à la cour d'assises de Paris pour la révision de son procès, le 20 juin 2011. — REUTERS/Benoit Tessier

C'est la fin d'un marathon judiciaire. Loïc Sécher, un ouvrier agricole de 51 ans, a finalement été acquitté ce vendredi par la cour d'assises de Paris lors de son procès en révision, le septième seulement de ce type dans l'histoire du pays. A l'annonce de la décision, il a déclaré aspirer à «la paix» et «à retourner dans l'anonymat le plus tôt possible».

En l'acquittant après une semaine d'audience, la présidente de la cour  lui a dit: «La cour et les jurés ont acquis la certitude qu'il n'y  avait aucune charge contre vous, ce n'est pas un acquittement au  bénéfice du doute. La cour vous souhaite une reconstruction» dans les semaines et mois à venir, a-t-elle ajouté.

«C'est une décision historique»

L'avocat général François-Louis Coste, qui avait requis  l'acquittement, a serré la main à l'ancien détenu et a versé son analyse  de l'affaire aux archives, pour l'Histoire. Loïc Sécher est ensuite  tombé dans les bras d'Eric Dupond-Moretti. «C'est une décision historique», a lancé l'avocat en regrettant qu'on ait refusé de filmer l'audience. «Il y a toutes les erreurs qui ont été faites, erreurs des  gendarmes, du juge d'instruction, des différents psychiatres. Tout cela a  généré sept ans de malheur pour lui, et pour la petite», a-t-il déploré.

Un peu plus tôt, Loïc avait clamé une dernière fois son innocence. Condamné en appel à 16 ans de réclusion en 2004 pour viols sur mineure, l'homme a purgé plus de sept ans de détention mais a été libéré en avril 2010 après la décision de la Cour de cassation de réviser ce procès.«Je vous renouvelle mon cri d'innocence et je crie depuis le 27 novembre 2000», avait-t-il lancé ce vendredi matin.

Une adolescente perturbée psychologiquement

L'affaire reposait sur les accusations d'une adolescente perturbée psychologiquement, qui s'est rétractée en 2007, et qui a répété à l'audience de Paris qu'elle avait menti.

Loïc Sécher, mis en cause et écroué une première fois en 2000, a été condamné en première instance comme en appel en 2003 et 2004 pour viols et agressions sexuelles sur mineure.

Expertise psychiatrique

La personne se disant victime, adolescente au moment des faits, avait d'abord répété ses accusations devant les gendarmes, le juge d'instruction et les deux cours d'assises. Une expertise psychiatrique la jugeant «crédible» était venue appuyer l'accusation.

L'expertise de crédibilité des victimes a été entretemps interdit du fait du scandale de l'affaire de pédophilie d'Outreau, où de fausses accusations jugées aussi crédibles par les experts avaient envoyé en prison 14 personnes finalement innocentées.

Aucune poursuite engagée contre Emilie

A partir de 2007, l'accusatrice de Loïc Sécher a avoué à son entourage qu'elle avait menti et s'est tenue depuis à cette version. Un psychiatre l'a réexaminée dans le cadre de la révision et a conclu qu'elle était perturbée d'avoir menti. La contre-enquête menée par la Cour de cassation a montré qu'elle était vierge au moment des faits, qu'elle avait jadis accusé à tort d'autres personnes, dont son père, d'abus sexuels.

Loïc Sécher a affirmé avoir pardonné à la jeune femme et le lui a expliqué lors de l'audience à huis clos où elle a été entendue. Cécile de Oliveira, l'avocate de cette dernière, a parlé d'«instant de grâce» lorsque sa cliente et Loïc Sécher se sont parlé et mutuellement souhaité de se  reconstruire. Eric Dupond-Moretti n'engagera donc aucune poursuite contre elle mais devrait demander une indemnisation à la justice pour obtenir réparation pour le préjudice subi. «Dans ce cas, c'est l'Etat, reponsable de l'erreur judiciaire, qui indemnise et non l'accusatrice», précise à 20Minutes Cécile de Oliveira.

Précédent

Le dernier exemple en date de révision criminelle d'un arrêt en principe  définitif concernait jusqu'ici Patrick Dils. Condamné à perpétuité en  1989 pour un double meurtre, il a été acquitté et libéré en 2002.