«Le bac est une machine qui s'essouffle»

INTERVIEW Philippe Meirieu, professeur en sciences de l'éducation, prône une refonte de l'examen...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Le pédagogue Philippe Meirieu lors du            Conseil federal  d'Europe Ecologie-Les Verts à Lyon  le 13 novembre 2011.
Le pédagogue Philippe Meirieu lors du Conseil federal d'Europe Ecologie-Les Verts à Lyon le 13 novembre 2011. — REVELLI-BEAUMONT/SIPA

La série d’incidents qui a émaillé la session du bac 2011 a relancé le débat sur la nécessité ou non de réformer ce sacro-saint examen. Philippe Meirieu, professeur en sciences de l'éducation et vice-president Europe Ecologie-Les Verts du conseil régional de Rhone-Alpes, prône une refonte de l'examen.

Les récentes fuites de sujets du bac vont-elles entraîner une remise en cause de cet examen?

Oui, car le bac est une machine qui s’essouffle. Son organisation est trop contraignante: elle paralyse l’Education nationale pendant plusieurs semaines, en monopolisant les lycées et en amputant la fin de l’année scolaire des élèves. Et pour certaines épreuves, telle que la philo, on ne trouve plus assez de correcteurs. Par ailleurs, avec la généralisation des nouvelles technologies, nous sommes face à des formes de triche inédites. Et c’est un peu comme pour les affaires de dopage lors du Tour de France: le temps qu’on trouve les moyens de lutter contre un type de fraude, de nouveaux modes apparaissent. Il faut donc s’interroger sur la création de nouvelles épreuves, qui rendraient la triche inutile et seraient pédagogiquement plus cohérentes.

Vous plaidez donc pour une réforme complète de l’examen?

Oui, car l’Education nationale va s’épuiser à porter à bout de bras le bac, si elle veut le conserver dans sa version actuelle. Il faut des épreuves moins tournées sur la reproduction de connaissances, mais plus créatives afin d’évaluer davantage la compréhension de l’élève et sa capacité à travailler sur des documents. Et au lieu d’un examen final couperet, je crois qu’il serait préférable de répartir les épreuves de la seconde à la terminale. L’élève pourrait ainsi acquérir des unités capitalisables. Enfin, j’estime qu’il faut revenir sur la compensation des notes dans les différentes matières, qui est un système archaïque. Il n’est pas normal qu’un 13 en histoire-géo puisse compenser un 8 en Français.

Pensez-vous que l’opinion soit mûre pour une telle réforme?

Pas tout à fait. Je pense qu’il faudrait créer un Grenelle du bac, qui réunirait le ministère de l’Education nationale, les syndicats enseignants et lycéens, les fédérations de parents d’élèves et les experts du sujet. Ce serait le meilleur moyen de définir les contours d’un nouveau mode d’évaluation des lycéens plus intelligent et qui fasse en sorte que les élèves travaillent plus et mieux. Ce sera un beau chantier pour le prochain ministre de l’Education!