Pourquoi les joggeuses sont une cible privilégiée pour les prédateurs

DÉCRYPTAGE e point avec Sylvianne Spitzer, criminologue et profileuse...

Julien Ménielle

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Photo d'illustration: une jeune femme fait du jogging.
Photo d'illustration: une jeune femme fait du jogging. — SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA

[Article actualisé le 25 janvier 2013]

Les affaires concernant des joggeuses disparues se suivent et se ressemblent. Plus ou moins, selon la criminologue et profileuse Sylvianne Spitzer, qui indique qu’«il n’y a pas de réel profil pour les agresseurs en cause». Il existe en revanche des raisons bien précises qui font des joggeuses une cible privilégiée pour les prédateurs.

«Ces jeunes femmes sont facilement atteignables», indique Sylvianne Spitzer. En premier lieu parce qu’elles sont isolées. «Elles sont seules, courent dans des lieux isolés dans lesquels il y a peu de passage, souvent tôt le matin ou tard le soir», poursuit la criminologue. Un isolement physique renforcé par un isolement sensoriel.

Un «flash amoureux monstrueux»

«Les victimes ont souvent un casque sur les oreilles pour écouter leur musique, ce qui les empêche d’entendre leur agresseur approcher», précise la profileuse. Et la tenue qu’elles portent «est volontiers près du corps, ce qui permet de discerner leurs formes et sexualise la victime aux yeux de l’agresseur», complète Sylvianne Spitzer. De plus, selon elle, les joggeuses, tout à leur effort, ne se sentent pas en danger et ne sont donc pas «en alerte».

La proie idéale pour un agresseur potentiel. Mais ce dernier, s’il est évidemment «dans la prédation», ne répond pas à un profil spécifique à en croire la criminologue, qui évoque une agression «par opportunité». L’homme est certes présent sur les lieux, mais n’est pas nécessairement en recherche active. Il a une pulsion à assouvir, et ressent un «flash amoureux monstrueux» en croisant la jeune femme, explique la criminologue.

Copycat

L’agresseur est un homme qui n’arrive pas à approcher les femmes de manière normale, et qui peut rechercher un rapport de domination et avoir des difficultés sexuelles. Des traits non spécifiques, d’autant qu’«il peut s’agir d’un copycat». La criminologue estime en effet qu’en informant le public, «les médias donnent aussi des informations aux criminels en puissance».

Une femme en situation de vulnérabilité, dans un contexte facilitant l’agression. Un homme en recherche passive d’une cible lui permettant d’assouvir une pulsion. Les conditions du crime sont réunies. «On devrait avoir le droit de faire ce qu’on veut, où on veut, quand on veut, conclut Sylvianne Spitzer. Mais à cause de quelques individus, ce n’est pas possible.»