Mohammed Moussaoui: «La France devrait traiter la question de l'islam de manière plus apaisée»

INTERVIEW Réelu président du Conseil français du culte musulman (CFCM) dimanche, Mohammed Moussaoui fait le point sur les chantiers entrepris par le conseil...

Propos recueillis par Céline Masfrand.

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Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM)  Mohammed Moussaoui, à Paris, le mercredi 14 octobre 2009.
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Mohammed Moussaoui, à Paris, le mercredi 14 octobre 2009. — JACQUES BRINON/AP/SIPA

Trois années de plus pour agir en faveur des droits de l’islam. Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman depuis 2008, a été réélu dimanche. Ce Franco-Marocain de 47 ans ne se voyait pas «laisser en plan les projets lancés ces trois dernières années, au moment où les opportunités d’action sont réelles». 20Minutes fait le point sur les axes de travail entrepris par le conseil.

Pourquoi vous êtes-vous représenté à la présidence du CFCM?

Plusieurs projets en cours, menés ces trois dernières années, n’ont pas encore vu le jour. Les démarches sont longues et complexes. Au niveau de la construction de mosquées, par exemple, nous sommes actuellement en pourparlers avec les pouvoirs publics afin d’obtenir des baux longue durée, afin de conserver les terrains exploités dans le temps. Au niveau des carrés musulmans [emplacement réservé aux défunts musulmans dans les cimetières] nous avons réussi à obtenir 130 emplacements supplémentaires depuis 2008 et nous voulons encore développer cet axe. Le CFCM souhaite également que le comité national de vigilance des actes antimusulmans l’accompagne à plus petite échelle, dans les comités régionaux.  

Selon vous,  le gouvernement participe t-il réellement à la représentativité de l’islam en France? 

Je pense qu’on a bien évolué et que le système français accompagne l’intégration de l’islam. Les pouvoirs publics nous ont aidés pour plusieurs chantiers, tels que la construction de nouveaux lieux de culte et la défense de l’abattage rituel dans les règles de l’islam. Cependant, il faudrait que les pouvoirs publics travaillent sur la visibilité de l’islam en France, pas en termes de quantité, mais de qualité. On entend beaucoup parler de l’islam mais pas toujours pour les bonnes raisons.  Je pense que la question de l’islam devrait être traitée de manière plus apaisée par les pouvoirs publics.  

La convention de l’UMP sur la laïcité et l’islam en mars dernier avait au contraire mis le feu aux poudres…

Un certain nombre de propositions faites vont delà de ce qui peut être acceptable car elles remettent en jeu le principe de liberté de culte. Je pense notamment à la proposition sur les mamans voilées, accompagnant la classe de leur enfant pour une sortie scolaire qui devraient enlever leur voile. Cette proposition est perçue comme une discrimination religieuse dans le sens où ces mamans ne peuvent pas être assimilées à  «des agents du service public». Il n’y a donc aucun risque de prosélytisme. 

Et la loi sur l’interdiction du voile intégral? Quelle signification revêt le port de la burqa?

Pour une immense majorité des théologiens musulmans, le port du voile intégral n’est pas une obligation religieuse. Selon les textes de jurisprudence musulmans, une femme doit avoir le visage et les mains découvertes pendant les périodes de pèlerinage. Les abus viennent encore une fois de l’interprétation erronée des textes sacrés; Dans l’Histoire, seules les femmes du prophète ou les femmes en «confession» devaient se couvrir le visage pour s’adresse à lui.

En juin dernier, un Algérien marié à une Française s’est vu refuser la nationalité française, pour non-respect de l'égalité entre homme et femme. Qu’en pensez-vous?

La naturalisation d’un individu oblige le respect d’un certain nombre de règles, dont celle d’être conforme au modèle de la République. Néanmoins, je ne pense pas que cette interdiction doive être directement référée à la religion, mais plutôt à un comportement inadéquat de l’homme envers sa femme, comme ça peut être le cas chez beaucoup d’autres couples non-musulmans.

La présidentielles de 2012 approchant, pensez-vous  qu’un candidat  serait plus apte qu’un autre pour représenter les musulmans?

Encore une fois, il ne s’agit pas d’uniformiser les musulmans. Les citoyens musulmans sont pluriels et ils le sont d’autant plus dans leur choix politique. Beaucoup de paramètres interviennent dans le choix d’un candidat et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le religieux n’est pas déterminant.

 

Ben Laden

Selon Mohammed Moussaoui, la polémique sur l’inhumation «par immersion» de Ben Laden est inappropriée : «Ben Laden a été derrière des massacres qui ont visé des civils et des innocents. Pour cela, bien avant de chercher à savoir si l’inhumation a été conforme ou non aux lois de l’islam, il faut penser aux familles des victimes d’actes terroristes, qui, elles, n’ont pas pu faire leur deuil et voir le corps de leurs proches. Je trouve cette polémique déplacée dans le sens où il était un terroriste bien plus qu’un islamiste. Même si le processus d’inhumation a une réelle importance, c’est une offense directe aux victimes du terrorisme de dire que Ben Laden «méritait» une inhumation plus respectueuse et conforme à la religion.»

 

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