Les éleveurs toujours plus à sec

AGRICULTURE Filière par filière, «20 Minutes» a enquêté sur les conséquences de la sécheresse...

Gilles Wallon
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Le fourrage destiné aux bovins est 50 % plus cher que l'an dernier.
Le fourrage destiné aux bovins est 50 % plus cher que l'an dernier. — GUTNER / SIPA

Un œil sur le monde, un autre sur son pays. Nicolas Sarkozy reçoit ce jeudi des paysans du monde entier pour une grande réunion internationale dans le cadre du G20. Mais son dossier brûlant reste un sujet français: c'est celui de la sécheresse, qui frappe l'agriculture depuis le début du printemps. Devant ce manque d'eau, les agriculteurs ne sont pas égaux. Les plus touchés, et de très loin, sont les éleveurs de bovins et de vaches laitières.

En manque d'herbe fraîche, indispensable pour nourrir les bêtes, ils doivent vider leur trésorerie pour acheter du fourrage, à prix prohibitif (50 % plus cher que l'an dernier). Ceux qui n'ont plus de liquidités sont contraints de vendre ou d'abattre une partie de leurs troupeaux.

Les consommateurs épargnés

Des aides financières, surtout des reports de prêts, ont été annoncées la semaine dernière par le gouvernement. Evaluée à un milliard d'euros, cette assistance ne suffira pas à effacer l'ardoise : les besoins en fourrage pourraient atteindre deux milliards. «Cette sécheresse est le coup de grâce pour beaucoup d'éleveurs, qui étaient déjà dans une situation fragile», estime François Lucas, du syndicat Coordination rurale. D'autant plus que ces paysans ne peuvent pas répercuter la hausse du foin sur leurs prix de vente aux abattoirs.

«Les grandes surfaces les freinent : elles ont besoin de prix fixes pour fidéliser la clientèle», explique Virginie Nicollet, de l'institut France AgriMer. Si les éleveurs sont durement touchés, les consommateurs resteront donc épargnés.

La peur du suicide

Le nombre exact des suicides d'agriculteurs reste inconnu. Evalué à plus de 400 par an, il est trois fois plus élevéque chez les cadres. Avec la sécheresse, les angoisses reviennent. «Certains agriculteurs s'en prennent plein la figure depuis des années. Ils s'appauvrissent, ils s'enfoncent, ils se demandent s'ils ont un avenir»,s'inquiète François Lucas,du syndicat Coordination rurale, qui réclame la mise en place d'une cellule psychologiqueavec un numéro vert.Les éleveurs, les plus meurtris par la sécheresse, forment une population particulièrement fragile. «Ils ont un rapport affectif fort avec leurs bêtes, poursuit François Lucas. Ne pas être capable de les nourrir peut donc être vécu comme un échec personnel très lourd.»