Cannabis: La gauche relance le débat en prônant une «légalisation contrôlée»

DROGUES Alors que Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, affirmait la semaine dernière son opposition à la dépénalisation du cannabis. La gauche, elle, relance le débat et propose une «légalisation contrôlée»...

© 2011 AFP

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SICOP

A gauche, comme à droite, le débat sur la dépénalisation du cannabis est toujours d'actualité. Après l'écologiste Stéphane Gatignon, qui a dénoncé le pouvoir mafieux de la drogue dans les «quartiers», la gauche a relancé mercredi le débat sur la dépénalisation du cannabis en prônant, dans un rapport parlementaire, une «légalisation contrôlée» de cette drogue.

«Législation contrôlée»

Afin de «sortir de l'hypocrisie», le groupe de travail du groupe socialiste, présidé par l'ancien ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant, préconise la «légalisation contrôlée du cannabis» et la mise en place d'une véritable «filière nationale».«Il ne s'agit plus de prôner une abstinence illusoire mais de «modérer la consommation des Français», peut-on lire dans le rapport publié mercredi après plus d'un an d'auditions.

Partant du constat que la France conserve une des législations les plus répressives d'Europe alors que le niveau de consommation est l'un des plus forts, les députés font valoir qu'«une légalisation contrôlée» pour les personnes majeures permettrait, «grâce à l'encadrement de la production et de la distribution», d'«instaurer une politique de réduction des risques».

Filière nationale du cannabis

Les députés PS préconisent la création d'une filière nationale du cannabis qui organiserait et gèrerait la production et la distribution de cette drogue, à l'image de ce qui est fait pour le tabac et l'alcool.«Il convient que l'Etat soit en mesure de fournir cette substance, sous forme de résine ou d'herbe, à l'ensemble des consommateurs», indique le rapport, en préconisant la mise en culture de 53.000 hectares «selon des règles strictes pour garantir la qualité des produits».

L'Etat devra aussi contrôler la distribution «tout en interdisant la publicité et la vente aux mineurs». Deux types d'établissements sont prévus à l'usage des consommateurs majeurs: les premiers uniquement consacrés à la vente, sur le mode des débits de tabac, les seconds, vus comme des «lieux de sociabilité», autorisant vente et consommation. «La vente d'alcool y serait strictement interdite», note le rapport.

Ce n'est pas « la création d'un droit à la consommation»

Se défendant de tout «laxisme», les auteurs affirment que leur démarche n'est «pas la création d'un droit à la consommation« mais a pour «premier objectif de faire baisser la consommation et les risques qu'elle engendre». Ils conseillent d'ouvrir, après 2012, un grand débat public. De l'aveu même du porte-parole des députés PS, Bruno Le Roux, les avis sur le sujet «sont très partagés» au sein du groupe socialiste, lui-même se déclarant «pas un grand fan de la dépénalisation».

En dépit de la politique de prohibition menée depuis 1970 à l'égard du cannabis, près de 4 millions de personnes avaient, en 2005, consommé de cette drogue au moins une fois dans l'année. 1,2 million de personnes seraient des consommateurs réguliers. Dans une tribune dans Le Monde de jeudi, Stéphane Gatignon, le maire écologiste de Sevran, qui avait appelé à l'aide l'armée pour lutter contre les trafiquants de drogue, estime que «la prohibition fait basculer notre système social».

Hulot, favorable à une dépénalisation

Nicolas Hulot, candidat à la primaire écologiste pour 2012, est favorable à une dépénalisation «sans pour autant banaliser la consommation». «Il ne faut pas qu'il y ait de sujet tabou», dit-il, souhaitant que «l'argent mis dans la répression» aille à «l'éducation, la prévention». En revanche, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant met en garde, dans une autre tribune dans Le Monde: «Ce n'est pas parce que la lutte contre les stupéfiants est difficile qu'il faut l'abandonner (...) Ne nous y trompons pas: si la consommation est dépénalisée, elle augmentera car son accès sera plus facile».