Procès Colonna: Le ministère public récuse l'idée d'un «complot» contre l'accusé

JUSTICE La première partie du réquisitoire du ministère public a tenté de démonter l'argumentaire de la défense sur les erreurs de l'enquête...

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La grande salle d'Assisse de la cour d'appel de  Paris, le 29 avril 2011, où se tient le 3e proces en appel   d'Yvan Colonna.
La grande salle d'Assisse de la cour d'appel de Paris, le 29 avril 2011, où se tient le 3e proces en appel d'Yvan Colonna. — NIKO/SIPA

L'un des deux avocats généraux au procès d'Yvan Colonna a récusé ce mercredi l'idée d'un «complot» qui viserait à impliquer à tort le berger corse dans l'assassinat en 1998 du préfet Erignac et dans l'attaque quelques mois plus tôt de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud). Entamant le réquisitoire du ministère public, Alexandre Plantevin, qui s'est exprimé pendant trois heures, a tenté de démonter tout l'argumentaire de la défense sur les erreurs de l'enquête, ainsi que la mise en cause du travail des juges d'instruction.

«Oui, il y a eu au cours de cette enquête des erreurs, des maladresses, des fautes, des errements», a-t-il reconnu. «On peut penser ce qu'on veut de cette procédure, mais il y a une chose dont je suis sûr, c'est que cette procédure n'a jamais été l'instrument d'un complot» contre Yvan Colonna. «Ce sont les accusations proférées par ceux dont il était le plus proche, ce sont leurs mots qui fonderont, si vous le décidez, sa condamnation», a dit M. Plantevin à la cour d'assises spéciale, qui rejuge depuis le 2 mai Yvan Colonna.

«Contre-vérités, manipulation, revirements»

En l'absence d'éléments matériels, l'accusation repose principalement sur les mises en cause du berger de Cargèse (Corse-du-Sud) par plusieurs membres du commando qui a tué le préfet et par leurs épouses, lors de leurs gardes à vue en mai 1999 puis durant l'instruction. Tous ne se sont rétractés que des mois, voire des années plus tard. M. Plantevin a écarté l'hypothèse selon laquelle les membres du commando, condamnés en 2003 auraient dénoncé à tort Yvan Colonna parce qu'ils éprouvaient du «ressentiment à son égard».

«Ce ressentiment n'empêche pas une virée à Paris entre copains en septembre 1998», quelques mois après l'assassinat du préfet, le 6 février 1998 à Ajaccio, a-t-il souligné. «Il n'explique pas les mises en cause des épouses. Elles n'ont pas de raison de lui en vouloir, et pourtant ce sont elles les plus rudes accusatrices.» Dénonçant «contre-vérités, manipulation, revirements», il a parlé de «mascarade». «On nous propose des lignes de défense multiples, contradictoires, tout est bon», a-t-il estimé.

La peine requise contre l'accusé annoncée dans l'après-midi

L'avocat général a imaginé un «QCM» qui serait proposé par la défense pour expliquer pourquoi les complices présumés d'Yvan Colonna l'ont initialement mis en cause. «A: pour répondre aux pressions des enquêteurs. B: pour sauver leurs proches. C: pour protéger d'autres membres du groupe. D: parce qu'ils le prennent pour une balance. E: parce qu'ils lui en veulent de ne pas les avoir rejoints», a-t-il énuméré. Et «comme la défense est bonne fille, vous pouvez cumuler plusieurs réponses!»

Le réquisitoire devait se poursuivre dans l'après-midi avec l'avocate générale Annie Grenier, qui dira quelle peine elle requiert contre l'accusé. Yvan Colonna, qui se dit innocent de l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, a été condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité, une peine alourdie en appel d'une période de sûreté de 22 ans. Mais ce verdict a été annulé par la Cour de cassation pour vice de forme.