Luc Ferry et les rumeurs pédophiles: L'ex-chef des RG affirme en avoir «fait état» en 2001 à Jospin et Vaillant qui démentent

ENQUÊTE e nom d'Yves Bertrand avait été évoqué par Luc Ferry lors de son audition devant la brigade de protection des mineurs...

Avec Reuters

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L'ex-chef des Renseignements généraux, Yves Bertrand, arrive à la brigade de protection des mineurs, le 10 juin 2011, à Paris.
L'ex-chef des Renseignements généraux, Yves Bertrand, arrive à la brigade de protection des mineurs, le 10 juin 2011, à Paris. — M.BUREAU / AFP

Il ne voulait pas donner de noms, mais il a quand même parlé. L'ex-chef des Renseignements généraux Yves Bertrand a déclaré ce vendredi qu'il avait probablement parlé aux responsables socialistes de 2001 des rumeurs de pédophilie lancées contre un ancien ministre. Le policier, qui a été entendu sur les accusations de pédophilie de Luc Ferry contre un ancien ministre dont il refuse de citer le nom, a insisté devant les journalistes sur le fait qu'il s'agissait d'une simple rumeur.

Mais il a reporté l'attention sur le Premier ministre socialiste et le ministre de l'Intérieur de l'époque, Lionel Jospin et Daniel Vaillant. «J'en ai peut-être rendu compte. C'était (à) Daniel Vaillant, le ministre de l'Intérieur et Lionel Jospin le Premier ministre», a-t-il dit. Il a précisé que Daniel Vaillant et Lionel Jospin étaient des «amis politiques» de l'ancien ministre dont le nom avait circulé à l'époque.

Vaillant et Jospin démentent

Dans un communiqué, Daniel Vaillant a aussitôt affirmé n'avoir «jamais été informé, à aucun moment, et de quelque manière que ce soit» par Yves Bertrand de cette affaire. Il ajoute que si cela avait été le cas, il aurait immédiatement rappelé à l'ancien directeur des RG «ses obligations de fonctionnaires au titre de l'article 40 du code de procédure pénale». «Tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la république», dit ce texte. De son côté, Lionel Jospin s'est dit «solidaire» ce vendredi de la réaction de Daniel Vaillant, disant n'avoir jamais été informé de cette affaire.

Le nom d'Yves Bertrand avait été évoqué par Luc Ferry lors de son audition le 3 juin par les enquêteurs de la brigade de protection des mineurs. Selon l'ancien ministre de l'Education, l'ex-directeur central des renseignements généraux entre 1992 et 2004 était au courant de cette affaire.

Des rumeurs, mais pas de faits précis

Interrogé par Le Parisien, Yves Bertrand a indiqué depuis que deux magistrats lui avaient fait part de «rumeurs sur les penchants pédophiles d'un ancien ministre», mais qu'il n'avait pas eu «connaissance de faits précis», en particulier au Maroc comme l'affirme Luc Ferry. L'ancien policier avait évoqué cette rumeur dans ses carnets saisis par la justice dans l'affaire Clearstream.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris après les propos de Luc Ferry affirmant sur une chaîne de télévision qu'un «ancien ministre» s'était «fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons». Il avait assuré tenir cela des «plus hautes autorités de l'Etat».

Le gouvernement marocain suit l’affaire avec sérieux

L'ONG marocaine «Touche pas à mon enfant», qui lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, a porté plainte au Maroc et en France pour pousser la justice à aller jusqu'au bout de l'enquête. Le gouvernement marocain a confirmé jeudi suivre avec sérieux l'affaire signalée à Marrakech et avoir donné des instructions au parquet près la Cour d'appel de la ville pour ouvrir une enquête.

«Au début, le sujet faisait partie d'un débat politique interne en France dans lequel le gouvernement marocain ne pouvait intervenir», mais cela n'a pas été sans interpeller l'opinion publique nationale puisque «les victimes présumées du harcèlement sexuel sont des Marocains», a expliqué le porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri.