Affaire DSK: Cyrus Vance Jr., un avocat général qui joue «sa réputation et son job»

JUSTICE Le district attorney va dévoiler ce lundi une partie de sa stratégie face à Dominique Strauss-Kahn...

A New York, Matthieu Goar

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Cyrus Vance Junior, avocat général du comté de New York (le 1er mars 2011)
Cyrus Vance Junior, avocat général du comté de New York (le 1er mars 2011) — REUTERS/Mike Segar

De notre envoyé spécial à New York

C'est l'homme qui va hanter les nuits de Dominique Strauss-Kahn dans les mois à venir. Cyrus Vance Junior est le New York County District Attorney. Autrement dit l'avocat général de l'affaire DSK. Lors de l'audience de ce lundi, il va dévoiler quelques-unes de ses cartes, notamment la déposition de la victime qu'il protège en la faisant déménager régulièrement.

Cyrus Vance Jr. est très respecté à New York, notamment par Michael Bloomberg, le maire de la ville. Une donnée importante car «Cy» est un élément essentiel de l'accusation. Dans le système judiciaire américain, c'est en effet au procureur d'apporter les preuves de la culpabilité de l'accusé. Il mène pour cela un vrai travail d'investigation.

«Il est extrêmement intelligent et sérieux. Et il dispose d'une équipe qui travaille très bien», explique Matthew Galluzzo, avocat et ancien procureur. A la tête d'un bureau d'une cinquantaine de personnes, Cyrus Vance Jr. collabore sur cette affaire avec la Special Victims Unit, qui a recueilli le témoignage de la femme de chambre et a arrêté DSK. Il fait travailler aussi les unités de la police scientifique pour analyser les traces ADN.

Opiniâtre et indépendant

«Connaissant l'homme, il faut bien comprendre qu'il ne se serait jamais lancé s'il n'avait pas été sûr du témoignage de la fille. Car lui aussi risque sa réputation et son job», poursuit Galluzzo. Aux Etats-Unis, les procureurs sont en effet élus (Vance Jr. avait été porté par 91% des votants en 2009). Un gage de leur indépendance, mais aussi une responsabilité devant les citoyens (ils sont par exemple jugés au nombre de condamnations).

Comme Kenneth Star, qui avait interrogé Bill Clinton lors du Monicagate, Vance Jr. joue donc sa réputation dans cette affaire. Et sans doute une partie de sa réélection en 2012. Fils d'un ancien secrétaire d'Etat de Carter, l'homme, que l'on dit opiniâtre et indépendant, a fondé sa carrière sur le droit des victimes, notamment celui des femmes.

A Seattle, il avait défendu en tant qu'avocat près de 30.000 salariées de Boeing. L'avionneur avait été condamné pour discrimination. Devenu procureur, il a fait de la violence faite aux personnes vulnérables une des priorités de son action. «Ces crimes forment la base de la violence de notre société», écrit-il sur son site en promettant de renforcer les peines des condamnés.