Montauban: Beaucoup de questions autour d'un accouchement

ENQUÊTE ne femme a porté plainte après avoir accouché seule de son enfant prématuré de six mois...

Catherine Fournier

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Illustration - Une ambulance des urgences à l'hôpital de Montauban (Tarn-et-Garonne).
Illustration - Une ambulance des urgences à l'hôpital de Montauban (Tarn-et-Garonne). — AFP PHOTO/REMY GABALDA

Les conditions dans lesquelles une jeune femme de 22 ans a accouché seule de son bébé prématuré de six mois à l’hôpital de Montauban (Midi-Pyrénées) restent floues. Pour faire toute la lumière sur les circonstances de la mort du bébé, deux enquêtes ont été ouvertes, l'une administrative, l'autre judiciaire. Le couple a en effet porté plainte pour «blessures involontaires» et une autopsie devait être pratiquée ce vendredi pour savoir si la fillette est née vivante et viable ou pas. En fonction des résultats, le parquet décidera de la suite de l'enquête et de nouvelles investigations éventuelles. 20Minutes fait le point.

Dans quelles conditions la jeune femme est-elle arrivée à l’hôpital?

Lundi dernier, la jeune femme ressent de violentes contractions, accompagnées de saignements. Elle appelle alors une ambulance privée qui la conduit de son domicile de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) au Centre Hospitalier de Montauban, dont la maternité de type 2 comprend un service de néonatologie. Admise aux urgences, elle est ensuite conduite en salle d'accouchement après avoir perdu les eaux, raconte-t-elle à la Dépêche du Midi. Elle aurait ensuite été auscultée par une sage-femme, qui lui aurait dit que le travail commençait et que le cœur du bébé battait. Mais on l'aurait prévenue que celui-ci aurait peu de chances de survivre.

Que s’est-il passée ensuite?

La jeune femme affirme être restée seule pendant vingt minutes malgré ses cris et ses appels à l’aide.  «Tout le monde est parti et je suis restée toute seule avec mes contractions qui me faisaient mal et tout en criant après un médecin... Et sur la fin, j'ai dû prendre une décision d'accoucher toute seule et puis d'attendre encore 10 minutes avant que quelqu'un puisse intervenir», témoigne-t-elle sur France 3. Pourquoi ne pas avoir appuyé sur la sonnette d’alarme? Elle était «trop loin de mon lit pour que je puisse appuyer dessus», affirme-t-elle sur RMC. «Puis une infirmière est rentrée, poursuit-elle, probablement pour prendre quelque chose, je n'ai pas fait attention. C'est là qu'elle s'est aperçue que j'avais accouché et qu'elle est partie chercher un médecin. On s'est enfin occupé de moi tout en s'excusant. Il m'a dit que je n'étais pas arrivée au bon moment...», en raison d’un nombre élevé d’accouchements.

Quels sont les arguments de l’hôpital?

Selon les responsables de l'établissement, il s’agissait d’une «fausse couche tardive en cours d'expulsion». «Tous les spécialistes de la discipline sont unanimes (...) pour dire que, face à une grossesse de moins de 25 semaines d'aménorrhée (absence de règles), et d'un poids de naissance inférieur à 650 grammes, aucun critère de réanimation n'est retenu». Par ailleurs, il assure que les effectifs présents étaient conformes à la réglementation, sans préciser s'il parlait des effectifs dans l'établissement ou en salle de travail. Il a engagé une enquête interne. Une mission d'inspection sanitaire, mandatée par l'Agence régionale de la santé, était attendue ce vendredi matin sur place.

Et des syndicats?

Alain Talut, responsable du CHSCT de l'hôpital, indique à La Dépêche qu’«à la maternité ce jour-là il manquait une aide puéricultrice c'est sûr. Il y a eu trois accouchements à la fois dans les cinq minutes. Une parturiente avec un médecin, une sage-femme et une aide puéricultrice et qui était très difficile (forceps). Dans le service il ne restait de disponible qu'une sage-femme seule avec deux autres femmes. Une en salle de travail et la jeune femme qui arrivait avec une hémorragie. Elle l'a aidé à l'installer et a entendu des cris dans l'autre salle où elle est allée. Elle s'est précipitée au moment où la jeune maman était aussi en train d'accoucher. Quand elle est revenue, elle s'est rendu compte que l'enfant était mort-né.» «On ne peut pas gérer des situations extraordinaires avec des moyens ordinaires», souligne pour sa part Yannick Petitout, délégué CGT, sur RMC. Il explique qu'en période de forte activité, le personnel est obligé de s'occuper des cas qu'il estime prioritaires.