Procès Colonna: Un témoin tente un «coup de théâtre»

JUSTICE Un témoignage très confus a été entendu ce jeudi...

Reuters

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Yvan Colonna devant la cour d'assises de Paris le 4 mai 2011.
Yvan Colonna devant la cour d'assises de Paris le 4 mai 2011. — AFP PHOTO/BENOIT PEYRUCQ

L'ancien bras droit du préfet de Corse Claude Erignac, assassiné en 1998, a présenté mardi au procès du principal suspect Yvan Colonna de nouvelles allégations sur ce crime, jugées toutefois confuses par la cour.

Didier Vinolas, qui était au moment des faits secrétaire général de la préfecture d'Ajaccio, a fait état comme au second procès Colonna en 2009 d'hypothétiques autres coupables jamais arrêtés, mais a aussi détaillé un autre élément.

Il affirme avoir vu de ses yeux aux pompes funèbres le soir de l'assassinat, sur le corps du préfet, qu'il avait été tué de quatres balles et non de trois comme la justice l'a toujours retenu jusqu'ici.

Sa déposition de plus de deux heures, au cours de laquelle il a cité des dizaines de noms, évoqué pêle-mêle la vie privée de la veuve du préfet, un journaliste actuellement détenu en Afghanistan et diverses rumeurs sur l'affaire, semble cependant avoir laissé la cour perplexe.

Le président Hervé Stéphan a fait remarquer au témoin qu'il n'avait jamais parlé des quatres balles lors d'interrogatoires en 1998, 1999, 2007 et 2009.

Confusion du témoignage

Le magistrat n'a pas semblé vouloir, comme au second procès Colonna en 2009, demander un complément d'enquête. «Si je devais convoquer toutes les personnes qui ont été citées...», a-t-il dit.

La défense d'Yvan Colonna, qui s'était saisie de ce témoignage au deuxième procès en 2009 pour provoquer un complément d'enquête, mettre en cause la justice et finalement quitter l'audience, a semblé cette fois embarrassée et n'a formulé aucune nouvelle demande.

Le président a finalement décidé de reconvoquer jeudi prochain Didier Vinolas et de discuter alors des éventuelles suites de ses affirmations.

Des allégations démenties en 2009

Didier Vinolas affirme qu'un policier lui a confié en 2002 que deux suspects jamais inquiétés pourraient être impliqués, les nommant mais restant très vague. «Il m'a dit 'c'est confus, c'est difficile à savoir'», a dit à la barre Didier Vinolas.

Ces affirmations avaient été invalidées au second procès, lors du complément d'enquête, les deux personnes en question étant mises hors de cause. Mais les pièces de ce complément d'information ont été annulées avec la cassation du second procès intervenue l'année dernière.

Ce procès est le cinquième de cette affaire qui tourmente depuis 13 ans police, justice et pouvoir politique. Il n'a pour l'instant rien apporté de neuf par rapport aux autres.

Le principal témoin oculaire de l'assassinat a confirmé mardi qu'il ne reconnaissait pas en Yvan Colonna l'homme qu'il avait vu tirer trois balles sur la victime.

Cette déposition de Joseph Colombani devant la cour d'assises de Paris confirme celles des deux premiers procès d'Yvan Colonna en 2007 et 2009, au terme desquels il avait été à chaque fois condamné à la réclusion à perpétuité.

Prié de faire face à l'accusé pour se prononcer, le témoin s'est tourné et a dit : «Je n'ai pas l'impression de voir celui qui a tiré ce soir-là. Si j'avais eu devant moi l'assassin de Claude Erignac, je l'aurais ressenti».

Un témoin ne reconnaît pas Yvan Colonna

La partie civile et l'accusation ont tenté de démontrer que cette déposition n'était pas probante, puisque par ailleurs Joseph Colombani reconnaît aussi qu'il n'avait pas reconnu sur le coup le préfet Erignac, son ami qu'il attendait ce soir-là pour une représentation théâtrale.

Le moment décisif de ce procès est attendu fin mai avec les dépositions des six hommes condamnés en 2003 à des peines allant de 15 ans à la perpétuité pour leur participation aux faits.

Quatre d'entre eux ont désigné leur ami Yvan Colonna en 1999 comme l'auteur des coups de feu, avant de se rétracter 17 mois plus tard, affirmant alors qu'il était innocent. Ils ont maintenu cette position aux deux premiers procès du berger, en des termes toutefois si ambigus qu'ils n'ont pas convaincu.