Maxime Brunerie: «Un délire suicidaire et mégalomaniaque»

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Maxime Brunerie, 25 ans au moment de son arrestation, en 2002
Maxime Brunerie, 25 ans au moment de son arrestation, en 2002 — REUTERS/X. Lhospice

Alors que son livre, Une vie ordinaire (Ed. Denoël) sort en librairie, Maxime Brunerie, l'homme qui tenta d'assassiner Jacques Chirac le 14 juillet 2002 se livre à 20Minutes.

Pourquoi avez-vous tiré sur Jacques Chirac?

Je voulais en finir [avec la vie] avec le maximum de retentissement. C’était un délire suicidaire et mégalomaniaque… Si mon geste avait une théâtralité politique, il n’avait aucune utilité politique. Même si Jacques Chirac mourrait, personne ne serait venu renverser le pouvoir… C’était une façon de dire «j’emmerde tout le monde sans exception».

Pourquoi l’extrême droite à l’époque? Quel regard sur cette mouvance aujourd’hui?

J’avais envie de goûter à l’interdit, au sulfureux. Mais on y tourne en rond. L’extrême droite est une impasse où l’on ressasse les mêmes choses, les mêmes grilles de lecture. Le fait d’être accepté enfin dans un groupe était séduisant. Enfin, il y avait l’exaltation de la force, de la virilité. Et la fierté patriotique.

Vous êtes toujours «patriote»?

J’ai toujours un côté réac', «tradi», un peu franchouillard. Depuis un an, je vais à la messe tous les dimanches. Mais pas à Saint-Nicolas-du-Chardonnet [église des catholiques intégristes] où il n’y a que des clones. L’extrême droite, elle, n’a pas changé. Moi, j’ai changé. Chacun sa route…

Etes-vous toujours raciste?

Lorsque je rencontre un individu, je m’intéresse à lui en tant que tel, et non pas en fonction de sa couleur de peau, ses origines… Il y a des gens biens et des connards partout. Ça, ça a du mal à émerger dans ma petite tête. Mais l’antiracisme a un côté moralisateur que je n’aime pas. Et je me méfie désormais de tout ce qui se termine en «isme», de tous ceux qui disent détenir la vérité. Un peu de modération, ce n’est pas mal. Je suis peut-être individualiste, humaniste, je ne sais pas… En tous les cas, je n’ai pas envie d’entrer dans une case. Ni de devenir une conscience, un modèle. Chacun fait ce qu’il veut.

Et l’antisémitisme?

Mon antisémitisme était de comptoir. De toute façon, ça se termine en «isme», ça se termine mal…

Votre changement, vous le devez à la prison?

Non, ma réinsertion, je la dois uniquement à ma volonté. C’est le fait d’avoir une coupure avec mon passé politique qui m’a permis de changer. La réinsertion en prison, la «prison des Droits de l’homme», c’est du foutage de gueule… La prison, c’est la négation des Droits de l’homme à l’état pur. C’est 50% Kafka 50% Ubu. D’ailleurs, en prison, on ne parle pas d’être humain mais de «dossier», c’est emblématique…

Vous rejetiez le «système».  Avec la sortie de votre livre, vous voilà la coqueluche du «système»!

C’est l’ironie de l’histoire. Je découvre un monde – celui des journalistes – que je détestais. Mais je ne pense pas être devenu bien-pensant pour autant. D’ailleurs, on a vite fait d’être étiqueté «facho». Non, moi, c’est ex-facho!

Souhaiteriez-vous rencontrer Jacques Chirac?

Oui, je souhaiterais m’excuser auprès de lui. Je lui ai demandé déjà pardon deux fois mais n’ai pas eu de retour. Je m’en suis pris au président de la République Jacques Chirac mais j’attends une réponse de l’homme. Le 14 juillet, ça aurait pu être lui ou un autre, ça n’aurait rien changé.

Pourquoi avoir écrit un livre?

Pendant un an après ma sortie de prison, on m’a craché à la gueule: mes ex-camarades, monsieur et madame tout-le-monde… Le bouquin, c’est moi qui parle. Mon passé, il est là-dedans, il n’est pas sur les forums Internet.

Etes-vous toujours dépressif?

Non, j’ai remonté la pente au cours des deux ou trois dernières années de prison. En revenant à Courcouronnes, j’ai pris contact avec une association d’improvisation théâtrale et de sport en pleine nature. Une sacrée bouffée d’oxygène.

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