Procès Clearstream: Dominique de Villepin et le général Rondot se contredisent vivement

JUSTICE La journée a été marquée par le témoignage d'un personnage clef de cette affaire, le général Philippe Rondot...

Anne-Laëtitia Béraud

— 

Dominique de Villepin, au tribunal de Paris, à l'ouverture du procès Clearstream en appel le 2 mai 2011.
Dominique de Villepin, au tribunal de Paris, à l'ouverture du procès Clearstream en appel le 2 mai 2011. — P. KOVARIK / AFP

>> Revivez en direct la journée de mercredi du procès Clearstream en appel

Plusieurs témoignages chocs à la cour d’appel de Paris ce mercredi, pour le procès en appel Clearstream. Cette affaire recouvre une énorme dénonciation calomnieuse, au cours de laquelle des noms de personnalités, dont celui de Nicolas Sarkozy, ont été ajoutés dans des listings de la chambre de compensation luxembourgeoise, afin de les discréditer.
 
Le matin, le journaliste Denis Robert, définitivement relaxé l’année dernière de toutes les poursuites engagées contre lui, est venu témoigner. Selon lui, l’informaticien Imad Lahoud, source présumée des faux listings, est «un escroc, il m’a menti, il m’a baladé pendant des années».
 
Denis Robert pense que le cerveau de l’affaire Clearstream serait être Imad Lahoud, contrairement ce qu’a estimé le tribunal en première instance, pour qui c’était Jean-Louis Gergorin. 

Imad Lahoud accusé d'être le cerveau de l'affaire

A l’issue de cette audition, la cour d’appel a entendu longuement un témoin clef de toute l’affaire judiciaire, le général Philippe Rondot. Se décrivant comme un militaire «de la vieille école», ayant pour «curieuse manie» de tout noter dans ses carnets, il a, de manière surprenante, déposé en faveur de l'ancien ministre Dominique de Villepin en début d’après-midi.

Le militaire, spécialiste de la sécurité et de l’antiterrorisme, a enquêté en 2003 et 2004 sur les listings, à la demande de Dominique de Villepin. Il a assuré que Dominique de Villepin n'a pas comploté contre Nicolas Sarkozy.
«Avec Dominique de Villepin, nous n'avons parlé de Nicolas Sarkozy et de son compte» au cours d’une réunion le 9 janvier 2004 au ministère des Affaires étrangères, où était présent Jean-Louis Gergorin, a-t-il notamment déclaré. C’est pourtant pour la thèse de la fausse mention d'un compte bancaire occulte détenu par Nicolas Sarkozy que l’accusation avait fait appel de la relaxe de Dominique de Villepin.

Coup de téléphonique problématique

Pour le général, Dominique de Villepin était de bonne foi, tout comme Jean-Louis Gergorin, car ils pensaient que les listings pouvaient être vrais. Ce témoignage met à mal l’accusation de «complicité de dénonciation calomnieuse» portée sur Dominique de Villepin. Pour le général, c’est Imad Lahoud «qui est à la source des listings».

Cependant, le ton est brusquement monté entre le général Rondot et Dominique de Villepin en fin d’après-midi. Le motif ? Un certain coup de fil passé le 25 mars 2004. Pour le militaire, de Villepin lui aurait demandé de faire libérer Imad Lahoud, alors mis en garde à vue pour escroquerie dans une autre affaire.
 
Une version vivement démentie par l’ancien ministre, qui déclare ne pas connaître Imad Lahoud, et qu’il était bien trop occupé par ses activités ministérielles pour s’occuper d’une simple garde à vue. Dominique de Villepin évoque même que ministre, il avait l’habitude de dire à ses interlocuteurs: «Faites au mieux !».
 
L’audition s’est terminée de manière tendue, sans qu’accouche une version claire du fameux coup de fil entre Dominique de Villepin et le général Rondot. Cet événement est pourtant très important, car il pourrait attester que Dominique de Villepin était au courant de toute l’histoire.
 
L’audience reprend jeudi à 13h30, avec l’audition des témoins. Cette nouvelle journée pourrait être cruciale pour la défense de Dominique de Villepin.