Polémique sur le RSA: Qu'en pensent les «assistés»?

TÉMOIGNAGES es bénéficiaires du RSA, sans emploi, donnent à 20Minutes leur version des faits...

Corentin Chauvel

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Une Caisse d'allocations familiales (CAF), à Lille.
Une Caisse d'allocations familiales (CAF), à Lille. — B.CHIBANE / SIPA

Quelques jours après les propos controversés de Laurent Wauquiez remettant en cause le RSA et les minima sociaux, les réactions houleuses se sont poursuivies ce mercredi, le ministre des Affaires européennes n’échappant pas à un recadrage de Nicolas Sarkozy. Contactés par 20Minutes, des bénéficiaires du RSA qui ne travaillent pas, particulièrement visés par Laurent Wauquiez, donnent leur avis sur ces déclarations.

Julien, 28 ans
«J’ai arrêté ma thèse en septembre dernier, afin de chercher un emploi. Au début, j’avais des sous de côté, donc  j’ai commencé à toucher le RSA (entre 350 et 400 euros) à partir d’octobre. A la fin d’une thèse, tu as certaines exigences en termes d’emploi, donc j’ai poussé jusqu’à ce que je ne puisse plus financièrement. Plus de six mois après, je n’ai pas trouvé d’emploi dans ma spécialité donc je cherche n’importe quel petit boulot. Au début, j’ai pensé que les propos de Laurent Wauquiez étaient une blague, ça n’a aucun sens. Effectuer des heures d’intérêt général, ça pourrait n’être intéressant que dans un contexte de plein emploi. Pour le cumul des minimas sociaux, à côté du RSA, je ne touche que la CAF (150 euros pour 800 euros de loyer), je suis loin du Smic. Et puis le RSA est très instable. Si l’un des membres du foyer travaille un tout petit peu plus, le montant baisse d’autant. A la moindre petite variation, on peut se le faire sucrer. Ce n’est pas un revenu sur lequel on peut survivre, c’est une jambe de bois pour payer ses factures.»

Mathieu, 29 ans
«Je touche le RSA depuis janvier, à hauteur de 410 euros par mois. Grâce à lui, je bénéficie de la gratuité des transports et je pourrais également avoir des réductions sur ma facture de téléphone mobile. En ce qui me concerne, je ne suis pas soumis aux mêmes exigences que d’autres personnes parce que je n’ai pas d’enfants et je suis hébergé par mes parents. J’ai démissionné d’un emploi dans l’hôtellerie l’été dernier parce que je n’en avais pas besoin. Mes collègues, eux, ne pouvaient pas se le permettre parce qu’ils doivent gagner de l’argent. Entre continuer ce boulot à 1.000 euros par mois et toucher 400 euros à ne rien faire, je préfère perdre 600 euros et avoir une qualité de vie bien meilleure. Mais c’est un choix que d’autres ne peuvent pas faire. Cependant, je ne claque pas mon RSA dans les loisirs, il finance des formations qui m’aideront à trouver un emploi dans l’informatique. Dans un monde juste, je ne devrais pas le toucher, mais la France donne aussi beaucoup à d’autres catégories, mieux placées, qui ne le méritent pas non plus. Les propos de Laurent Wauquiez sont électoralistes et irréalisables pour ce qui est des heures d’intérêt général, parce que beaucoup de gens ne pourraient s’acquitter de ce genre de tâches.»