Sècheresse: L'agriculture au régime sec

CLIMAT Le manque de pluie pèse sur de nombreuses exploitations...

Matthieu Goar

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Hier, dans les environs de Schaeffersheim (Bas-Rhin).
Hier, dans les environs de Schaeffersheim (Bas-Rhin). — G. VARELA / 20 MINUTES

Pendant que certains préparent leurs vacances d'été, d'autres scrutent le ciel. «En mars, seulement 35 millimètres [mm] de pluie. En avril, 10mm à peine. Ce mois-ci, rien, à part un orage qui est passé à Saint-Maixent-l'Ecole, à 25 km de chez moi», résume Sylvain Marilleau, exploitant dans les Deux-Sèvres, l'un des 17 départements où des restrictions d'eau ont été mises en place.

Une période cruciale

Pour les agriculteurs, le printemps est calamiteux. Selon Météo France, la moitié nord de la France connaît ainsi des niveaux de sécheresse des sols superficiels jamais atteints à la fin avril au cours des cinquante dernières années. Cette faible pluviométrie conjuguée à une situation exceptionnelle (avril a été le deuxième mois d'avril le plus chaud depuis 1900) pose d'énormes soucis aux éleveurs.

«Pas eu une goutte ici depuis deux mois. Quand j'ai planté le maïs, il y a deux semaines, la terre était à 13 °C, je n'avais jamais vu une telle chaleur. S'il ne pleut pas d'ici à une semaine, c'est foutu…», détaille Bruno Beaudrey, qui possède 150 bêtes laitières à Etrappe (Doubs) depuis 1990. La période est en effet cruciale pour de nombreux exploitants qui voient avec angoisse le fourrage sécher et s'interrogent sur le futur rendement des céréales.

Les conséquences pourraient être désastreuses, notamment sur le prix de la nourriture du bétail. «On estime déjà une baisse de 30 à 50 % de rendement sur des premières récoltes de fourrage», s'inquiète Dominique Barrau, secrétaire général du premier syndicat agricole français, la FNSEA. Les éleveurs n'avaient pas besoin de ça.

Avec la pression mondiale sur le prix des céréales, qui servent aussi à nourrir les bêtes, leur situation est déjà préoccupante. «Certains vont même devoir faire des emprunts pour nourrir leurs bêtes», prédit un exploitant. La FNSEA a demandé à ses fédérations de faire remonter les informations pour établir un constat de la situation. Préoccupé, le ministère de l'Agriculture organise un comité ministériel sur le thème de la sécheresse, jeudi.

Une incidence pour les consommateurs?

Sur un marché déjà tendu au niveau mondial (les incendies de l'été dernier en Russie, la spéculation, etc.), cet épisode de sécheresse pourrait avoir des conséquences sur le prix des denrées alimentaires. Tout dépendra du rendement des récoltes, qui n'ont pas encore eu lieu. En cas de mauvaise année, le prix des céréales pourrait augmenter, ce qui pèserait sur les finances des éleveurs qui s'en servent aussi pour nourrir leurs bêtes. «A la fin, c'est surtout notre marge qui diminuera», peste un exploitant.