Yvan Colonna, doux visage et grosse gueulante

Matthieu Goar
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Yvan Colonna, en 2003.
Yvan Colonna, en 2003. — AP / SIPA

Il a suffi d'une question sur les faits. Interrogé en début de soirée sur la raison pour laquelle les autres membres du commando l'ont accusé d'avoir tiré sur le préfet Erignac, Yvan Colonna se crispe d'abord. Puis dégoupille. « Mais je ne sais pas tout, je ne sais pas pourquoi ils ne m'ont pas dégagé [innocenté] pendant quatre ans », éructe le berger, faisant saturer le micro. « Me concernant, ils n'ont pas dit toute la vérité », poursuit Colonna, qui refuse de s'exprimer pour l'instant et attend les confrontations avec ses anciens « amis ». La scène est violente. Elle a duré moins de 5 minutes, le temps de glacer la cour d'assises spéciale.

Une part de sincérité
Une cour qui apprenait depuis le début de la journée à découvrir le nouveau Colonna. Finis les silences et les dénonciations politiques, le principal accusé de l'assassinat du préfet Erignac en 1998 avait décidé de se confier. Sans renâcler et pendant des heures, le « berger taiseux », que ses proches décrivent comme « intelligent », va donc parler. Souvent avec un certain talent et sûrement avec une part de sincérité. Notamment sur les femmes de sa vie. « Quand c'est fort, il y a des étincelles. Et dans notre vie, il y a eu beaucoup d'étincelles », confie-t-il sur la mère de son fils, avant de glisser un mot sur sa nouvelle compagne épousée en prison. « J'ai essayé de l'en dissuader. Elle est jeune, vous voyez ce que je veux dire, monsieur le président... ». Colonna déballe tout. Ses amours donc, sa Corse, « je suis fier de ces convictions » ; sa cavale « traqué comme un rat » ; son quartier d'isolement à Fleury « 22 h sur 24 h en cellule sans pouvoir cantiner »…. Acteur de cette troisième journée, le nationaliste interpelle les avocats des parties civiles par leur nom, les moque gentiment (« Mais je vous la donne ma place si vous voulez. ») et précise des détails. L'attitude a changé. La ligne de défense, elle, n'a pas bougé. Le principal accusé a arrêté d'être un militant actif en 1989, assure-t-il, à la naissance de son fils. Il ne peut pas être le tireur. « Je n'ai jamais tué votre mari madame », répète-t-il, les yeux dans les yeux à la veuve du préfet Erignac. Les révélations attendront.