Suicide par le feu chez France Télécom: «Une souffrance morale» en cause

DRAME La directrice exécutive d'Orange France et le directeur des ressources humaine se sont rendus sur place...

A Bordeaux, Marion Guillot

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Des traces laissées par l'immolation par le feu d'un salarié de France Telecom-Orange, sur le site de Mérignac, le 26 avril 2011.
Des traces laissées par l'immolation par le feu d'un salarié de France Telecom-Orange, sur le site de Mérignac, le 26 avril 2011. — AFP PHOTO /PHOTO PATRICK BERNARD

Un salarié de France Télécom Orange s'est suicidé ce mardi matin en s'immolant par le feu à Mérignac, dans la banlieue bordelaise. Alertés par la police nationale, les sapeurs-pompiers sont intervenus à 8h, «mais la personne était décédée et nous n’avons pas pu tenter de la réanimer», a indiqué à 20 Minutes le commandant Garcia, du Codis de la Gironde. Les faits se sont produits sur un parking «situé dans une enceinte France Télécom, à Mérignac», ont précisé les sapeurs-pompiers. L’enquête a été confiée à la police.

L'homme, âgé de 57 ans et père de quatre enfants, travaillait à l'agence professionnelle de Bordeaux, en tant que «préventeur» (expert en hygiène et sécurité des salariés). Auparavant , il était en poste à Mérignac. Pour le syndicat CGT de l'entreprise, ce suicide pourrait être lié à ses conditions de travail: «Ce salarié vivait une mobilité mal acceptée et des témoignages attestent d'une souffrance morale constatée ces dernières semaines», affirme le syndicat dans un communiqué. Des cellules psychologiques ont été installées dans les agences de Mérignac et de Bordeaux.

L'épouse du salarié, qui travaillait dans l'entreprise depuis 30 ans, a confirmé à RTL que la détresse de son mari était «directement liée à sa carrière chaotique chez France Télécom». Il avait en effet subi de nombreux changements de poste ces dernières années.

La direction sur place

La directrice exécutive d'Orange France, Delphine Ernotte, et le directeur des ressources humaines, Bruno Mettling, sont arrivés sur place en milieu d'après-midi pour témoigner «de la douleur et de la solidarité de toute l'entreprise», a indiqué à Reuters Jean-Maurcie Bentolilia, directeur de la communication extérieure d'Orange Aquitaine. Bruno Metting s'est ensuite rendu à Bordeaux dans l'agence où travaillait le salarié. 

«On est sous le choc, on est effondrés, a déclaré à 20 Minutes Jean-Michel Camin, délégué CFE-CGC. Des choses ont été mises en place chez France Télécom pour lutter contre la souffrance au travail mais il y a des cas auxquels il faut prêter attention. Certains collègues ont un passé lourd à gérer.» La directrice exécutive d’Orange France, Delphine Ernotte, a pour sa part déclaré que «l’entreprise est bouleversée, c’est le temps du choc», avant d’ajouter que «toute la lumière sera faite sur cette affaire. Une enquête sera diligentée, en lien avec les partenaires sociaux».

Selon cette responsable, «l’entreprise est en phase de reconstruction très importante, il faut poursuivre dans cette voie», soulignant que «l’on ne reconstruit pas une entreprise en quelques mois». A la question des mesures mises en place, Delphine Ernotte a déclaré qu’ «un médiateur a déjà été nommé sur les cas les plus complexes, mais que sur 100.000 salariés, on ne peut pas toujours détecter quelqu’un en grande difficulté». Elle a ajouté que «12.000 managers ont reçu au moins une formation à l’école des managers Orange Campus».

«Cela réveille des souffrances en moi»

«Cela réveille des souffrances en moi», a confié une salariée du site de Pessac à 20 Minutes. «Moi aussi j'ai été victime de pression de la part de managers», indique-t-elle, évoquant une mobilité forcée. Parmi ces derniers, «certains, qui ont eu des méthodes plus que limite, sont toujours en activité», ajoute-t-elle. Trente-cinq salariés de l'entreprise se sont suicidés entre 2008 et 2009. Une information judiciaire a été ouverte en avril 2010 pour déterminer si ces passages à l’acte étaient lié aux conditions de travail au sein de l’entreprise. Mais pour la CGT, le problème n'est pas réglé.

«Depuis la crise de 2009 qui avait vu une réaction vive des salariés face à la vague de suicides et malgré la marche arrière de la direction sur les restructurations, les mobilités, les objectifs de production, et d'autre part les accords qui s'en suivirent (...) le manque d'emplois et les objectifs inatteignables exercent toujours une pression au quotidien sur les salariés», déplore le syndicat qui demande que «toute la lumière soit faite sur les causes de ce drame». Les syndicats Sud et CGT vont organiser mercredi des rassemblements à Merignac et Bordeaux.