Stress au travail: Pour les syndicats, il est temps de dépasser la phase du diagnostic

SOCIAL La prise de conscience désormais acquise, il faut «transformer l'essai»...

Corentin Chauvel

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  — MEIGNEUX / SIPA

La France a toujours mal à son travail. Décidé ces dernières années à prendre le problème du stress à bras-le-corps, l’Etat est finalement parvenu l’an dernier à inciter les grandes entreprises (plus de 1.000 salariés) à faire des efforts. Or, les accords engagés par celles-ci ont été peu suivis d’effets concrets déplore un bilan qualitatif présenté ce mardi par la Direction générale du travail (DGT).

Pour tous les syndicats contactés par 20Minutes, ce n’est «pas une surprise que les entreprises n’aient pas fait leur boulot». Mais tous sont unanimes également sur la satisfaction de voir enfin le sujet du stress au travail abordé par les pouvoirs publics, le «déni» des entreprises laissant désormais place à la «prise de conscience».

«Quand on part de rien, c’est encourageant»

Pour le ministre du Travail, Xavier Bertrand, ce bilan est «encourageant». «Quand on part de rien, c’est encourageant», raille Bernard Salengro, médecin du travail et secrétaire confédéral à la CFE-CGC. «On vient de tellement loin, on sort de la préhistoire et on commence le Moyen âge», renchérit Jean-François Naton, conseiller confédéral du travail et de la santé à la CGT, pour qui il ne s’agit ainsi que d’une «étape». 

Cependant, les syndicats jugent que les plans d’action pourraient tout de même se concrétiser plus rapidement. «Ces accords sont de l’affichage, les entreprises ne s’investissent pas», insiste Bernard Salengro. «On a l’impression que maintenant qu’on a soulevé le problème, on le repose», ajoute-t-il.

Difficile de trouver des solutions «clé en main»

Mais du côté des entreprises, on estime qu’il faut encore du temps pour analyser les causes du mal qui ronge leurs employés. Ainsi, le quart des 1.300 entreprises qui ont été le plus loin dans la concrétisation d’accords sur la prévention du stress n’en sont en réalité qu’à «la phase du diagnostic», révèle Pierre-Yves Matéléon, responsable des sujets de santé au travail à la CFTC, qui concède qu’«il est difficile de trouver clé en main des solutions de prévention au stress, cela dépend des spécificités de l’entreprise».

Ce n’est pas l’avis de son homologue de la CGT. «Il y a tout sur la table, beaucoup de littérature, on n’en est plus au stade d’essayer de comprendre», conteste Jean-François Naton. «Elles veulent repousser le problème, or le long terme, c’est la mort», ajoute Bernard Salengro qui préconise que le gouvernement parle leur «langage» aux entreprises, soit «le langage de l’argent».

Pour ce médecin du travail, le stress doit être reconnu, comme dans d’autres pays européens, comme une maladie professionnelle et que les «mauvais» employeurs voient le montant de leurs cotisations de sécurité sociale augmenter tel un système de bonus/malus. Mais Bernard Salengro n’est pas très optimiste: «Le gouvernement sent bien qu’on est nul, mais il ne veut pas contraindre les entreprises».

L’organisation du travail au cœur du débat

Pourtant, l’Etat ne peut pas tout selon Marie Pezé, psychologue et co-auteur de «Travailler à armes égales - Souffrance au travail: comment réagir» (Pearson, 2011). «Il faut que le salarié soit plus averti, qu’il connaisse mieux le droit et qu’il s’empare de cette affaire», indique-t-elle à 20Minutes, appelant à une «riposte collective», par le bas.

Pour la thérapeute, comme pour les syndicalistes, ce ne sont d’ailleurs «pas tellement les gens qui sont malades, mais le travail». Ce sont l’organisation du travail et les «dogmes managériaux» qui sont au cœur du débat, mais leur remise en cause ne semble pas encore être dans les priorités des directions générales, selon Pierre-Yves Matéléon. Un suivi sera à nouveau rendu l’an prochain pour voir si les plans d’action ont porté leurs fruits.

Et vous, subissez-vous beaucoup de stress au travail? Quelles sont les raisons de votre mal-être?