«L'ethnicisation des problèmes sociaux a engendré une libération de la parole raciste»

INTERVIEW Pierre Fournel, directeur général de la Licra, commente le rapport du CNCDH publié ce mardi matin...

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Comment analysez-vous le bilan annuel de la Commission nationale consultative des Droits de l’homme?

Je ne partage pas l’optimisme de ce rapport. Selon moi,  il ne faut pas comparer 2010 à 2009 en ce qui concerne le nombre d’actes et de menaces à caractère raciste et antisémite. Car l’année 2009 avait vu une très forte augmentation des  violences antisémites en raison de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza. Il est donc plus pertinent de comparer 2010 à 2008. Or, dans ce cas, on constate que les actes à caractère raciste ont augmenté de 23%.

Le rapport montre aussi la montée en flèche des sentiments xénophobes en 2010, comment l’expliquez-vous ?

Tout d’abord, je pense que le discours à Grenoble Nicolas Sarkozy en juillet a été une rupture engendrant un risque de morcellement ethnique de la République. Les personnes d’origine étrangère ont été prises pour cibles. Cette ethnicisation des problèmes sociaux a engendré une libération de la parole raciste. Par ailleurs, 2010 a été l’année de la résurgence du Front national. Marine Le Pen a su imposer l’islam comme sujet de débat, ce qui a entraîne une stigmatisation des musulmans. Enfin, le politiquement incorrect est devenu une doctrine. Exemple: les députés n’ont pas hésité à recevoir et à applaudir Eric Zemmour à l’Assemblée, alors qu’il avait été condamné pour provocation à la discrimination raciale et qu’il a demandé à cette occasion l’abrogation des lois mémorielles. Tout cela participe à la banalisation du racisme.

Quelles solutions préconisez-vous pour améliorer la situation ?

Il est important que les pouvoirs publics s’impliquent dans ce dossier. Le fait qu’un plan national d’action contre le racisme soit en cours d’élaboration est une bonne chose. Il est aussi essentiel qu’un comité interministériel soit réactivé sur ce sujet, car pour être efficaces, les politiques contre le racisme élaborées dans chaque ministère doivent être coordonnées.