Loi sur le voile intégral: «Entre la loi et l'application, il y a un gouffre»

TEST Au premier jour de la promulgation de la loi, «20 Minutes» a testé si elle était appliquée par les services de police...

Ingrid Gallou et Magali Gruet

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Des Grands Boulevards à Barbès, le niqab ne provoque toujours pas d'intervention policière (photo prise rue de la Goutte d'Or lundi 11 avril)
Des Grands Boulevards à Barbès, le niqab ne provoque toujours pas d'intervention policière (photo prise rue de la Goutte d'Or lundi 11 avril) — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Depuis lundi, le voile intégral n’est officiellement plus le bienvenu dans l’espace public. À la veille de l’entrée en vigueur de la loi, les syndicats de policiers faisaient pourtant part de leurs doutes quant à sa mise en application. Aussi, 20 Minutes a choisi d’enfiler un niqab pour vérifier, sur le terrain, les modalités de sa mise en œuvre.

Première étape: les Grands Magasins parisiens (9e). Petits coups d’œil discrets des passants. Le franchissement du seuil des Galeries Lafayette se fait sans problème, sous le regard des vigiles, tout comme la visite des stands Prada et Vuitton. L’accueil des vendeurs est bienveillant, et ils n’hésitent pas à proposer leur aide.

De retour sur le boulevard Haussmann, nous croisons deux policiers, qui se retournent sans plus de formalités. Une voiture de la police nationale nous dépasse sans même prêter attention. Direction le très chic siège de la Société générale… dans la plus parfaite indifférence des clients, des vigiles et du personnel. Dans le quartier commerçant et touristique des Grands Magasins, la femme voilée semble encore la bienvenue.

Les CRS restent de marbre

Qu’en est-il dans les quartiers plus populaires de la capitale? Changement d’univers à Barbès (18e). Aucun étonnement dans le regard des passants. Les occupants d’un car de CRS stationné à la Goutte d’Or restent de marbre. La visite du commissariat de quartier apporte quelques éclairages: les agents sont effectivement au courant du changement de loi. «Prenez-ça, tout est expliqué dedans», nous indique la policière, en posant... 20 Minutes sous nos yeux. Elle nous invite à nous installer dans le hall pour le consulter. «Vous risquez 150 euros d’amende, mais nous avons autre chose à faire que de contrôler les gens dans la rue».

«Entre la loi et l’application, il y a un gouffre», lance son collègue. «En revanche, poursuit-il, c’est dans les administrations que vous aurez des problèmes car maintenant, c’est clair, il faut se découvrir lors des démarches». Tous les lieux publics ne se valent donc pas.

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