L'exécution d'un jeune à Villepinte, signe d'une dérive mafieuse ?

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Acte «exceptionnel» en Seine-Saint-Denis, l'exécution d'un jeune homme, sous les yeux de sa famille, à Villepinte dimanche, inquiète élus et policiers qui s'interrogent sur une éventuelle dérive mafieuse de groupes criminels dans le département.

Pour beaucoup d'entre eux, l'assassinat perpétré dimanche à Villepinte marque une rupture dans la violence à laquelle se livrent les groupes criminels dans l'un des départements les plus touchés par le trafic de drogue.

Méthodes mafieuses

Si plusieurs homicides ont été constatés ces derniers mois dans cette partie nord du département, gangrenée par le trafic de drogue, c'est avant tout le mode opératoire «exceptionnel pour la Seine-Saint-Denis», selon une source proche de l'enquête, qui a choqué et surpris.

«Toute notre ville est horrifiée par la brutalité et la barbarie de cet acte dont l'exécution rappelle les méthodes mafieuses dans toute leur abjection», s'est indignée la maire de Villepinte, Nelly Roland (Divers gauche).

Aucune piste privilégiée

Dimanche, entre 05H45 et 06H00, quatre hommes cagoulés et armés ont enfoncé la porte du garage du pavillon de la famille de Billal et fait irruption dans la maison. Ils ont sorti la victime de son lit, l'ont amenée dans le salon, puis l'ont abattue de plusieurs balles devant ses parents.

La victime, âgée de 21 ans, était peu connue des services de police. Pour l'instant, les enquêteurs de la brigade criminelle de la police judiciaire ne privilégient «aucune piste».

Message adressé aux concurrents

«Mais ce qui semble certain, c'est que ce groupe a voulu faire comprendre qu'en cas d'ennuis, ils sont capables d'aller chez les gens et de les tuer», a dit une source proche de l'enquête.

«Cela ressemble à un message adressé à des groupes concurrents et peut constituer le point de départ d'une dérive mafieuse», a jugé Fabrice Parmentier, délégué syndical USGP dans le 3e district de Seine-Saint-Denis.

Pas de réseau constitué dans le département

Pour Bruno Beschizza, secrétaire national de l'UMP en charge des forces de sécurité, «on n'est plus dans la petite frappe de cité». «Cela renvoie plus à des réseaux constitués de type mafieux», selon lui. «Dans le département, il n'y a pas de famille dominante, pas de réseau constitué», dit-il cependant.

Les policiers craignent également que ce genre d'exécution ne constitue une première que d'autres pourraient imiter.

Acte isolé

«C'est un acte isolé, mais si ça devient une habitude, ça va être très embêtant», s'est d'ailleurs inquiétée une source policière. «Il faut espérer que les autres ne s'en inspirent pas», a souhaité un autre.

Si rien ne vient encore étayer la thèse d'un règlement de compte, la plupart des policiers interrogés font remarquer que Villepinte se situe au coeur d'une véritable plaque tournante du marché de la drogue.

Intérêts financiers énormes

«Les intérêts financiers sont devenus tellement énormes maintenant qu'ils sont désormais capables de tuer froidement pour protéger leur marché», a déclaré une source policière.

Une source proche de l'enquête estime toutefois qu'il semble «exagéré» de parler de mafia en Seine-Saint-Denis.

«Risque mafieux»

«Il y a de la drogue, de l'argent, une économie souterraine, (...) avec des réseaux de petits voyous, mais pas structurés comme dans une mafia", a-t-elle nuancé.

Stéphane Gatignon, le maire EELV de Sevran, avait déjà évoqué un «risque mafieux» dans ce département en raison du trafic de drogue.

Interrogé fin mars par l'AFP sur son livre «Pour en finir avec les dealers", il expliquait: «Il y a aujourd'hui du trafic de drogue et d'armes. (...) On va vers le contrôle par les dealers de pans économiques».