Cancer de la prostate: Le dépistage ne serait d’aucune utilité?

SANTE Une nouvelle étude, publiée par le British Medical Journal, affirme que...

Olivia Vignaud

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Une étude qui vient mettre de l’huile sur le feu. Alors que le débat fait rage sur l’utilité, voire sur la nocivité, du dépistage du cancer de la prostate, le British Medical Journal publie de nouveaux résultats. Ces derniers affirment que «le taux de survie global n’est pas plus élevé chez les hommes ayant subi un dépistage, que chez les autres».

Une conclusion qui abonde dans le sens d’une étude, publiée en 2009 par le New England Journal of Medicine, qui soutenait que pour prévenir un seul décès du cancer de la prostate il fallait dépister 1.410 hommes et en traiter 48. C’est-à-dire «surdiagnostiquer» et «surtraiter».

Comment expliquer ces chiffres? Le dépistage du cancer de la prostate se fait par prélèvement du dosage du PSA (antigène de la prostate qui ne doit pas dépasser une certaine concentration dans le sang). Seulement, le PSA permet de montrer une anomalie du fonctionnement de la prostate mais ne permet absolument pas de déterminer si la tumeur découverte est bénigne ou agressive.

Association version Haute autorité de santé

Un argument que ne conteste pas l’Association nationale des malades du cancer de la prostate (Anamacap) mais qu’elle cherche à éclairer. «Le problème réside dans le fait qu’une fois dépistés les patients sont pris en charge par des chirurgiens, or les chirurgiens par définition gagnent leurs vies en opérant. Les interventions se passent mal une fois sur deux (incontinence, impuissance etc.) alors même que le patient n’en a pas forcément besoin. Il faudrait un dépistage intelligent entre 45 et 70 ans et ne pas se précipiter lorsque le PSA n’a pas une valeur élevée», explique son président, Roland Muntz, qui ne veut pas remettre en cause le dépistage. «L’analyse sanguine permet d’alerter d’un désordre de la prostate. Il me parait extraordinaire que ce marqueur ne soit pas utilisé», s’insurge-t-il. D’autant plus que «plus on révèle la maladie à un stade précoce, plus c’est facile de la soigner, voire de la guérir. On pourrait même l’éradiquer».

Pour autant, le dépistage ne peut être systématique pour la Haute autorité de santé (HAS) . «On dépiste si l’on est capable de proposer un traitement après. Or pour le cancer de la prostate on est incapable de savoir si les tumeurs sont sans gravité ou non. On peut suggérer une surveillance mais il n’est pas acceptable de proposer aux patients un dépistage, de leur trouver un cancer et de leur dire qu’on ne pas les traiter derrière», justifie Olivier Scemama, médecin de santé publique, qui a travaillé sur un rapport publié par la HAS en 2010 sur le dépistage du cancer de la prostate. Une maladie qui fait plus de 10.000 morts par an.