Comment les nouveaux mots intègrent le dictionnaire?

VOCABULAIRE Usage, domaine, niveau de langue: La directrice générale aux dictionnaires Le Robert, explique comment sont choisis les nouveaux termes...

Olivia Vignaud

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Image d'un dictionnaire.
Image d'un dictionnaire. — Al Grillo/AP/SIPA

Comment faire un bon mot? N’a pas sa définition dans le dictionnaire qui veut. La sélection est rude mais les places ne sont pas limitées. A l’occasion des 60 ans du Robert dont elle est la directrice générale aux dictionnaires, Marianne Durand revient sur les critères de choix. Parcours d’un mot candidat.

Le postulant doit d’abord satisfaire à l’exigence suprême: «La fréquence de l’usage d’un mot est notre premier facteur de sélection», explique Marianne Durand. Des lexicographes et des linguistes sont à l’affût de nouveaux mots, notamment dans la presse et la littérature. S’ils sont relativement usités, ils sont soumis à un processus de vote, «leur entrée donne lieu à d’importantes discussions», ajoute la directrice générale.

Quels sont les domaines qui recrutent le plus? Certains champs lexicaux sont beaucoup plus riches en termes d’entrées que d’autres. Le domaine culinaire fait parti des favoris. «On adopte de plus en plus de mets étrangers, on doit donc les retrouver dans le dictionnaire. Je pense, par exemple, aux noms de pâtes italiennes, aux termes de gastronomie chinoise et japonaise etc.», décrypte Marianne Durand. Une place de leader qu’ils doivent partager avec les nouveaux mots issus des domaines de la haute technologie et de l’informatique qui, eux aussi, fluctuent.

1.500 nouveaux mots issus de tous les niveaux de langue

Le niveau de langue du prétendant à une définition semble, quant à lui, importer peu. «On cherche à avoir une représentation très large des niveaux de langue», précise Marianne Durand. En revanche «Quand le registre de langue n’est pas soutenu, cela est toujours précisé à côté du mot», complète-t-elle. Certains mots font plus débat que d’autres. «Bling-bling a fait l’objet de nombreuses discussions avant d’être intégré (…) Mais on pense que quand un mot à un usage récurant, on doit pouvoir en trouver le sens dans le dictionnaire».

D’un point de vue numérique, les chances d’intégrer Le Robert sont bonnes. Entre l’édition de 2001 et celle de 2011, 1.500 mots ont fait leur entrée: «Le rythme de la mise à jour suit l’évolution de la langue». Un nombre, donc, assez conséquent d’élus, qui une fois assimilés à ce Panthéon lexical n’en ressort jamais. Marianne Durand explique: «Ce n’est pas parce qu’on utilise plus un mot qu’on ne doit plus le retrouver dans le dictionnaire. On doit pouvoir comprendre la langue d’aujourd’hui et d’hier». 

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