Interdiction du voile intégral: «On interviendra sur demande, sinon on laissera faire»

SOCIÉTÉ s syndicats de policiers livrent leur sentiment sur la loi et la circulaire de Claude Guéant...

Julien Ménielle

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Deux femmes portent le niqab, ou voile intégral, à Montreuil, en mai 2010
Deux femmes portent le niqab, ou voile intégral, à Montreuil, en mai 2010 — FRED DUFOUR/AFP

Après la loi, la circulaire. Dès le 11 avril, l’interdiction de dissimuler son visage en public sera appliquée. Et pour que les forces de l’ordre sachent comment s’y prendre avec les femmes portant un voile intégral, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a envoyé ses recommandations aux intéressés. Mais pour ces derniers, de la théorie à la pratique, il y a un pas qu’ils s’imaginent mal franchir sans trébucher.

«Ca va générer de la violence»

«Il ne faut pas demander l’impossible aux policiers», prévient Philippe Capon, interrogé par 20 Minutes. Le secrétaire général du syndicat UNSA Police craint, comme ses confrères, que sur le terrain, la loi ne soit impossible à appliquer. Car à l’origine, le texte visait à interdire le port de la cagoule lors des manifestations, avant d’être élargi au voile intégral. La circulaire Guéant demande d’ailleurs d’«éviter toute intervention à proximité immédiate d’un lieu de culte.»

«A proximité immédiate, c’est quoi?», s’interroge Philippe Capon, qui prédit que «l’aspect religieux posera forcément problème». Des problèmes que la circulaire anticipe sans pour autant les résoudre. Il est demandé aux agents de préférer la «persuasion» à la contrainte, mais aussi d’«apprécier avec discernement le contexte général entourant le contrôle». Yannick Danio, délégué national d’Unité SGP Police, décrypte: «Dans un contexte particulier, dans des quartiers difficiles, il y aura risque d’attroupement», avant de s’inquiéter: «ça va générer de la violence».

«Faire preuve de discernement ne veut pas dire fermer les yeux»

«On interviendra sur demande, sinon on laissera faire», suppose Yannick Danio quand son confrère d’UNSA estime qu’il faudra «gérer au cas par cas». «Faire preuve de discernement ne veut pas dire fermer les yeux», affirme de son côté Frédéric Lagache. Car si le secrétaire général adjoint du syndicat Alliance s’attend à ce que la loi soit «difficile à appliquer», il reste confiant concernant l’évolution des mœurs.

«Il y a des façons d’intervenir au départ pour que la loi s’imprègne», assure Frédéric Lagache, qui prône une fermeté crescendo dans l’application du texte. Philippe Capon se montre moins optimiste: «pour les contrôles, ce sera difficile, mais le plus dur sera de faire cesser l’infraction», juge-t-il, imaginant mal une femme voilée repartir le visage découvert. Pour Yannick Danio, de toute façon, «ce ne sera pas la priorité des policiers qui ont autre chose à faire».

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