Louis Vogel: Le grand emprunt «désavantage les équipes prometteuses des différentes universités»

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Le président de la Conférence des présidents d'université (CPU) Louis Vogel estime que le grand emprunt «désavantage de fait les équipes prometteuses des différentes universités» et ignore certaines disciplines comme le droit et les lettres, dans un entretien au Monde de mardi.

Louis Vogel, par ailleurs président de l'Université Paris 2-Panthéon Assas, est interrogé une dizaine de jours après que le gouvernement a dévoilé une centaine de lauréats à un des appels d'offres du grand emprunt (doté d'un milliard d'euros), qui vise selon le gouvernement à faire «émerger des projets scientifiques ambitieux», appelés «laboratoires d'excellence» (Labex).

Une «photographie» et non «une vision prospective»

Les résultats à cet appel d'offre «sont inexplicables pour certains universitaires», estime Louis Vogel. Selon lui, le choix des jurys (se prononcer sur un critère scientifique) «peut être discuté». «Il a aboutit à une "photographie" de l'état des forces scientifiques françaises actuelles et non à une vision prospective de la recherche à vingt ans».

«Le grand emprunt, comme il est aujourd'hui envisagé, désavantage de fait les centres de recherche en devenir, les équipes prometteuses des différentes universités», ajoute-t-il.

Selon lui, le jury «n'a pas valorisé les universités en cours de fusion, comme Aix-Marseille ou (l'université de) Lorraine».

«Risque de rupture»

En outre, «au niveau disciplinaire, des pans entiers de recherche ont été ignorés. Le droit, les lettres, la gestion se retrouvent dans de très rares laboratoires d'excellence».

«Pourquoi? Parce que ces disciplines ne travaillent pas comme les sciences dures et ne peuvent donc pas répondre à des appels d'offres préparés pour elles», affirme ainsi Louis Vogel, plaidant pour que les futurs appels d'offres soient «revus».

Alors que les universités doivent assumer à la fois leur nouvelle autonomie, conférée par la loi LRU de 2007, et les fonds du grand emprunt, le président de Paris 2 souligne que «le risque est d'avoir une rupture entre les secteurs financés par le grand emprunt et le reste».

Il constate pour autant qu'autonomie et grand emprunt «participent d'une redynamisation des universités» et rappelle que «tous ces investissements sont faits pour nos étudiants».