Baguette, tradition, bio: Dis-moi quel pain tu manges, je te dirai qui tu es

ÉTUDE ’anthropologue, Abdu Gnaba, a dressé une liste des catégories de «mangeurs de pain»…

Olivia Vignaud

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Un adolescent de 15 ans est mort lundi à Mulhouse, happé dans le pétrin d'une boulangerie où il effectuait un stage d'observation dans le cadre de sa scolarité, a-t-on appris de source policière.
Un adolescent de 15 ans est mort lundi à Mulhouse, happé dans le pétrin d'une boulangerie où il effectuait un stage d'observation dans le cadre de sa scolarité, a-t-on appris de source policière. — Jacques Demarthon AFP/Archives

Entre le pain et les Français, c’est une longue histoire. Pour Abdu Gnaba, anthropologue, l’appartenance à une communauté n’est aujourd’hui plus une affaire de géo localisation mais se définit par un rapport à un monde partagé (valeurs communes, mode de consommation similaire etc.). L’auteur d’Anthropologie des mangeurs de pain, dont la sortie est prévue pour avril aux éditions L’Harmattan, distingue six profils de mangeurs de pain en France. A vous de voir quel groupe vous correspond…

L’Authentique ou «la tradition arrêtée»

C’est simple, ce dernier n’envisage pas un repas sans pain: «Il aime le pain de toujours, celui qui nourrit et qui rassemble la famille autour d’un repas traditionnel». Il est assez réfractaire à l'évolution. Cette catégorie représente 21% de la population française et est composée à 65% d’hommes (étude Sociolab sur 1.500 Français).

L’Hédoniste ou «l’anti-tradition figée»

Le plaisir est au coeur de sa consommation. «L’originalité, l’innovation sont toujours bienvenues voire indispensables dans son repas», explique Abdu Gnaba. Les membres de cette catégorie privilégient les pains spéciaux, bio ou la baguette de tradition française. Ce profil regroupe 32% de la population dont 52% de femmes.

Le Bipolaire ou «la tradition en pointillé»

C’est celui qui achètera sa baguette en semaine et se laissera tenter par des pains plus originaux le week-end. «Il incarne la tradition en tension, l’innovation à tâtons», raconte l’anthropologue. Cette catégorie regroupe presque autant d’hommes que de femmes (respectivement 48 et 52%) et correspond à 14% de la population.

Le Nomade ou «la tradition en mouvement»

«Il reconnait la valeur du pain mais son alimentation n’est pas une contrainte, il l’adapte constamment à son rythme de vie». Cet urbain qui vit avec son temps consomme toute sorte de pain sans distinction. Douze pour-cent de la population est concernée. Les femmes sont plus présentes que les hommes dans cette catégorie avec 58% de représentativité.

Le Déphasé ou «la tradition en suspens»

Quand il consomme du pain, il va plus facilement vers la baguette courante ou le pain industriel. «Il mange moins de pain que les profils précédents mais a conscience qu’il faut qu’il le fasse. Il le rattache à la famille qu’il aura un jour», analyse Abdu Gnaba. Les hommes sont concernés à hauteur de 53% et 12% des Français rentreraient dans cette catégorie.

L’Errant ou «la tradition disparue»

Détaché du pain, il ira plutôt vers des produits de type industriel. «Tant qu’il est accessible, il en mangera, mais n’hésitera pas à la remplacer par des pizzas, beignets ou autres produits associés à la praticité… et aussi, souvent, au déséquilibre alimentaire», a pu constater l’anthropologue. Il trouve généralement la baguette de tradition trop chère et pense que tous les pains se valent. Seulement 9% des Français répondraient à ces critères, 61% d’entre eux seraient des femmes.