Lourdes: L'Eglise reconnait une guérison inexpliquée comme pouvant être un acte divin

RELIGION Le malade a été pris d'une douleur si fulgurante qu'il a cru mourir...

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P.PAVANI / AFP

L'Eglise catholique a reconnu dimanche la guérison inexpliquée d'un malade venu prier à Lourdes comme pouvant être un acte divin réalisé par l'intercession de la Vierge, ont annoncé les Sanctuaires de la cité mariale.

Pas un miracle mais une reconnaissance

Les Sanctuaires se sont gardés de parler de «miracle», notion qu'ils manipulent avec une extrême prudence à cause de la difficulté d'établir un «miracle». Mais il ne s'agit pas moins d'une reconnaissance tout à fait extraordinaire, a dit à l'AFP Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes.

Sur plus de 7.000 cas de guérisons inexpliquées enregistrées à Lourdes depuis 1884, 67 seulement avaient fait l'objet d'une reconnaissance officielle de la part de l'Eglise avant ce dernier cas. La dernière reconnaissance datait de 2005, alors que six millions de pèlerins convergent chaque année vers Lourdes, dont beaucoup dans l'espoir d'une guérison.

L'homme aidait les malades

Serge François, un artisan angevin aujourd'hui à la retraite, souffrait depuis des années d'une hernie discale opérée deux fois, d'une paralysie presque totale de la jambe gauche et de douleurs vives quand, le 12 avril 2002, il s'est rendu à la grotte de Massabielle à Lourdes.

Il venait déjà à Lourdes depuis des années, mais pour officier comme hospitalier, c'est-à-dire comme bénévole aidant les malades.

C'est pendant ces années que le mal a commencé à le frapper.

Une douleur fulgurante a précédé sa guérison

Le 12 avril 202, Serge François a prié devant la grotte, là où la Vierge serait apparue à Bernadette Soubirous en 1858. Après avoir touché l'eau de la source réputée miraculeuse puis s'être rendu aux fontaines, il a été pris d'une douleur si fulgurante qu'il a cru mourir, selon son propre récit.

Au bout de quelques minutes, la souffrance a fait place à une intense sensation de bien-être et de chaleur. Sa jambe a cessé de le faire souffrir et s'est ensuite progressivement ranimée.

Une instruction a été ouverte

Au cours d'un nouveau pèlerinage en 2003, Serge François, réparateur de téléviseurs, a signalé sa guérison au Bureau des constatations médicales de Lourdes, qui enregistre et éventuellement instruit de tels dossiers.

Le 1er décembre 2008, après des années d'instruction, le Comité médical international de Lourdes (CMIL), composé d'une vingtaine de médecins, a reconnu que la guérison de Serge François était remarquable parce que subite, complète, sans relation avec une quelconque thérapie, et durable.

La CMIL est un passage obligé et important.

L'évéque a finalement officialisé la reconnaissance

Mais c'était à l'évêque de son diocèse qu'il appartenait de se prononcer sur le caractère «remarquable», aux yeux de l'Eglise, de la guérison de Serge François. C'est ce que Mgr Emmanuel Delmas, évêque d'Angers, a fait dimanche.

«Cette guérison peut être considérée comme un don personnel de Dieu pour cet homme, comme un événement de grâce, comme un signe du Christ Sauveur», dit-il dans un communiqué.

La notion de miracle se heurte à la médecine

Interrogé sur les raisons pour lesquelles l'évêque d'Angers et les Sanctuaires ne parlent pas de «miracle», l'évêque de Lourdes invoque la difficulté grandissante à satisfaire aux critères du miracle selon les règles de l'Eglise. En particulier, il faut être absolument sûr que le diagnostic établi sur le malade était le bon, et qu'il n'a pas guéri sous l'effet d'un médicament, certitude beaucoup plus inatteignable aujourd'hui que par le passé étant donné la multiplicité des traitements, a expliqué l'évêque de Lourdes.

Le miracle, c'est «une interprétation des faits (faite) avec les yeux de la foi», a dit Alessandro de Franciscis, médecin permanent du Bureau des constatations médicales, et ce n'est pas à lui, médecin, de se prononcer sur le caractère miraculeux de la guérison de Serge François.

Mais il a rappelé les mots de l'évêque d'Angers selon lesquels cette guérison peut être considérée comme un «signe» du Christ; or «vous savez que la catégorie théologique des miracles dans la religion catholique, c'est le signe».