Les médecins d'Europe de l'Est de plus en plus nombreux à passer à l'Ouest

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Les médecins et infirmières d'Europe de l'Est sont de plus en plus nombreux à choisir l'exil à l'Ouest pour un salaire plus élevé et de meilleures conditions de travail, un exode qui s'est particulièrement amplifié dans les pays durement touchés par la crise.

"Il n'y a plus de perspectives pour moi en Hongrie, je pars en Allemagne, où mon travail sera reconnu", confie à l'AFP Csaba Andok, un chirurgien d'une cinquantaine d'années.

En Hongrie, en 2010, 1.111 médecins ont demandé un certificat des autorités hongroises pour aller travailler à l'étranger, un bond de 25% comparé à 2009 qui contraste après plusieurs années de stagnation, selon le secrétariat responsable pour la Santé auprès du ministère des Ressources nationales (NEM).

Ce chiffre n'est pas alarmiste par rapport aux 30.000 médecins du pays, mais inquiétant lorsqu'on le compare aux 800 qui reçoivent un diplôme chaque année. Car ce sont surtout les jeunes, et dans une moindre mesure ceux qui ont déjà vécu à l'étranger comme Csaba Andok, qui osent le plus souvent s'exiler, de préférence en Grande-Bretagne, en Suède ou en Allemagne.

"Le mécontentement est général chez les médecins, surtout à cause de la dégradation des conditions salariales", affirme le chirurgien. Les médecins gagnent au maximum entre 550 à 740 euros par mois. "Le travail se fait avec très peu de personnel, ce qui rend la pression quotidienne presque intolérable", déplore-t-il.

La crise économique, qui a durement frappé la Hongrie en 2008, et les mesures d'austérité budgétaire ayant suivi, expliquent la montée en puissance du phénomène d'exode, selon les experts.

En Roumanie, toujours en récession, le tableau n'est guère flatteur, le nombre des candidats au départ ayant pratiquement doublé avec 2.779 médecins en un an, selon les chiffres officiels.

La Bulgarie voisine a vu ses infirmières continuer de fuir en masse, au rythme d'environ 1.200 par an. Leur nombre a chuté à 31.961 en 2009, dernier chiffre connu, alors que le pays ne compte que près de 28.000 médecins.

Or, le système de santé du pays le plus pauvre de l'Union européenne (UE) aurait besoin d'au moins 60.000 infirmières pour pouvoir fonctionner convenablement, avertit l'Association des personnels médicaux bulgares.

En Hongrie, l'exaspération est telle que les médecins envisagent de suivre l'exemple de leurs confrères tchèques: quelque 3.800 médecins sur les 20.000 du secteur public tchèque avaient envoyé fin décembre leur lettre de démission pour appuyer leurs revendications salariales. Le gouvernement a fini par céder, accordant des augmentations échelonnées jusqu'en 2013.

Le gouvernement conservateur hongrois de Viktor Orban envisage des mesures d'amélioration des conditions de travail des personnels de santé. Mais leur contenu reste flou et, en attendant, les médecins à la retraite sont appelés à reprendre du service, surtout dans les campagnes. En Bulgarie et en Roumanie, rien n'est prévu pour endiguer l'hémorragie.

En revanche, la Pologne a réussi à nettement réduire l'exode de ses médecins depuis 2005 en réévaluant leur salaire et en investissant dans la formation.

Au-delà de la rémunération, ce sont aussi les dysfonctionnements des systèmes de santé qui souvent décident les médecins à s'exiler.

"Dans le système actuel, la qualité du traitement n'est souvent pas une priorité", déclare ainsi à l'AFP Ivo Kolts, docteur et enseignant à l'université de Tartu, dans l'est de Estonie. "Les hôpitaux estoniens préfèrent souvent pratiquer des analyses inutiles ou des dépistages par ordinateur parce que l'Etat paie des subventions pour ce genre d'interventions, peu importe que le patient en ait besoin ou non", dénonce-t-il.