Alimentation: «Le plaisir est la seule préoccupation du consommateur»

INTERVIEW A l’occasion de la nouvelle édition de Savoir manger, la vérité sur nos aliments de Jean-Michel Cohen et Patrick Serog, Xavier Terlet, président de la société de conseil XTC World Innovation, spécialiste de l’innovation alimentaire, revient sur les comportements des consommateurs…

Propos recueillis par Olivia Vignaud

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Selon l'Insee, l'investissement a ralenti au troisième trimestre (+0,5% après +0,9%) mais la ministre s'est félicitée malgré tout que "l'investissement des entreprises continue à progresser".
Selon l'Insee, l'investissement a ralenti au troisième trimestre (+0,5% après +0,9%) mais la ministre s'est félicitée malgré tout que "l'investissement des entreprises continue à progresser". — Remy Gabalda AFP/Archives

Qu’est-ce que recherche en priorité le consommateur quand il achète un produit alimentaire?

Le plaisir. C’est sa seule préoccupation. Que l’on soit un homme, une femme, que l’on mange en famille, entre amis ou que l’on soit pressé: manger est un moment de plaisir. Les industriels qui n’ont pas compris cela n’ont rien compris. Certes, le consommateur se pose la question de la santé mais seulement parce qu’elle est une garantie du plaisir. Si vous savez qu’un produit est dangereux, qu’il fait grossir ou si vous achetez le meilleur plat qui soit mais que vous ne pouvez pas l’ouvrir, cela va vous gâcher votre plaisir. Vous avez besoin de garanties éthiques et morales.

Les gens préfèrent-ils le «fait maison» ou des plats préparés?

Le même consommateur va acheter un sandwich à midi et faire la cuisine en famille chez lui le dimanche. On peut boire un coca et mettre une sucrette après dans son café: c’est incohérent mais chacun se retrouve là-dedans. On a des besoins multiples donc pas toujours les mêmes comportements.

Est-ce que la récente augmentation du prix des matières premières a poussé les Français à faire davantage attention à ce qu’ils achètent, parfois au détriment de la qualité?

Le consommateur cherche un rapport prix/bénéfice. On est prêt à payer plus cher si on en tire un plus grand bénéfice. Le rapport qualité/prix des années 80, maintenant tout le monde s’en fiche. Même si on a des revenus faibles, c’est facile de se faire plaisir avec un produit alimentaire. On ne s’offrira pas un ordinateur portable ou une place de cinéma mais de petits plaisirs réguliers.

La crise financière a-t-elle changé les comportements?

l y a eu une rupture claire. Le consommateur a pris le pouvoir. Il est plus regardant, plus responsable aussi. Il veut être informé, comprendre. Quand Nutella, qui fait un produit de pur plaisir, montre du lait qui explose du pot, il se moque du monde! Maintenant, le consommateur est suspicieux et le système d’information fait qu’on sait tout très rapidement, donc les industriels doivent l’intégrer.

Comment expliquez-vous que les livres écrits par des nutritionnistes fonctionnent aussi bien?

C’est la stratégie de la peur! Faire peur aux gens, ça fonctionne. Oui, on a raison de dire au consommateur de faire attention mais il y a des gens qui ont des intérêts financiers et qui jouent avec ça.