Les statues de Jean Paul II envahissent la Pologne, avant sa béatification

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A l'aide d'un ébauchoir, le sculpteur Czeslaw Dzwigaj modèle dans de l'argile encore fraîche un petit pli de soutane de sa dernière statue du pape Jean Paul II qui doit être prête avant sa béatification à Rome le 1er mai.

Son atelier à Rzaska, une banlieue de Cracovie, croule sous les commandes. Il en est actuellement à son 72e monument du pape polonais.

"On a utilisé plus d'une tonne et demie d'argile pour ce pape haut de 3 mètres. Le modèle est déjà prêt pour qu'on en fasse un moulage en plâtre. Puis, il ira dans une fonderie pour la coulée du bronze. L'assemblage doit être prêt pour la fin avril", dit ce sculpteur de 61 ans.

Cette statue a été commandée par la paroisse de Kwaczala, dans le sud du pays. A côté, se trouve un autre pape, le 73e, celui-ci commandé par la mairie de Kaunas, la deuxième ville de Lituanie. Debout sur un socle en forme de globe, Karol Wojtyla est appuyé sur sa crosse et bénit les fidèles de sa main droite.

"Les commandes continueront à affluer", affirme M. Dzwigaj. "Ce qui change avec la béatification, c'est que les prêtres veulent désormais avoir à l'intérieur de leur église une statue avec un reliquaire dans le socle, pour pratiquer le culte de Jean Paul II".

"A l'heure actuelle, il y a plus de 640 monuments à travers la Pologne, une trentaine devraient encore être érigés avant sa béatification. Dans le monde, il y en aurait quelque 300, surtout en Amérique latine", explique Kazimierz S. Ozog, historien d'art de l'Université d'Opole (sud-ouest).

De son vivant, le pape n'aimait pas trop ces sculptures. "Il était quelqu'un de très modeste, mais savait aussi qu'il ne pouvait rien faire pour empêcher ce culte", affirme M. Dzwigaj.

Les statues qui sortent de son atelier se trouvent aux Etats-Unis, au Canada et en Argentine. "J'en ai aussi au Liechtenstein, en Australie et Allemagne, récemment j'ai été contacté par une ville du Japon", se vante le sculpteur.

"Peu après la mort du pape en 2005, c'était le pic des commandes", ajoute son collaborateur depuis 27 ans, Zbyszek Karnas, lui-même sculpteur.

"Toutes les semaines, on inaugurait un pape. C'était de la folie", dit-il en recouvrant avec une bâche de plastique la nouvelle statue du pape, pour empêcher l'argile de sécher. Sinon le pape aurait des fissures.

Une vingtaine de ses modèles en plâtre patiné, exposés dans le château de Nowy Wisnicz près de Cracovie, montrent le pape assis, à genoux, debout ou travaillant derrière un bureau, récitant l'angelus de sa fenêtre au Vatican ou bénissant des enfants.

Pour M. Ozog, certaines confinent au kitsch. Le pire, ce sont des moulages en résine synthétique produits par des ateliers spécialisés en nains de jardin.

"Bon marché, environ 2.000 euros, elles sont livrées en quelque jours", dit-il.

Bien que Jean Paul II ait interdit que soient prélevés des ossements de sa dépouille, il existe quelques rares reliques de son corps.

L'atelier de Dzwigaj s'est vu commander déjà une statue du pape avec une mèche de ses cheveux, soit une relique de premier degré.

Des reliques de deuxième degré, c'est-à-dire des objets que le pape avait utilisés, sont plus nombreuses. Il s'agit par exemple d'un morceau de tissu de ses vêtements.

Le cardinal Stanislaw Dziwisz, l'archevêque de Cracovie et son ancien secrétaire, détient la relique la plus précieuse: une ampoule de son sang.

Récemment, il en a offert une goutte au pilote de Formule 1, le Polonais Robert Kubica (Lotus Renault), grièvement blessé dans un accident en Italie.