Débat sur la laïcité: "les musulmans en ont marre d'être les boucs émissaires"

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Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a exprimé jeudi l'inquiétude et l'exaspération de musulmans qui se sentent "traités comme les boucs émissaires" des problèmes de la société française.

Lors d'une conférence de presse, les membres du CFCM ont répété leur crainte de dérives du débat prévu le 5 avril à l'UMP sur la laïcité, ce dont ils se sont émus mercredi auprès du ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Le président du CFCM Mohammed Moussaoui a fait part de "l'incompréhension face à ce traitement disproportionné des questions liées à la pratique religieuse musulmane, alors même que ces questions ne sont pas les plus prioritaires pour les Français dans leur ensemble".

"Les musulmans de France en ont marre d'être les boucs émissaires des problèmes de la société", s'est exclamé Anouar Kbilech, secrétaire général du CFCM. "Ils veulent être traités comme des citoyens à part entière et non comme des citoyens entièrement à part".

Le débat, débarrassé de la question de l'obligation des prêches en arabe reconnu inconstitutionnel par M. Guéant, devrait porter sur les lieux de prière, la formation des imams, le port du foulard par les mères accompagnant les sorties scolaires, certaines pratiques à l'hôpital ou dans les salles de sport ou la viande hallal dans les cantines scolaires.

Le CFCM ne compte pas participer à ce débat.

"Nous n'y avons pas été formellement invités", a déclaré M. Moussaoui, "et nous voulons rester cohérents dans notre position. Nous respectons le choix de l'UMP et nous demandons que notre position soit comprise et respectée".

"Les musulmans de France ne demandent que l'application de la loi, ni plus ni moins, a souligné M. Moussaoui. "Ils ne demandent pas de financements de lieux de culte non prévus par la loi. La construction de mosquées progresse et le déficit en la matière se comble".

Concernant les minarets, "il en existe au niveau national moins d'une trentaine. Ces minarets n'ont jamais servi pour l'appel à la prière et les musulmans de France n'ont jamais fait la demande d'appel à la prière, comme le prétendent certains", a-t-il dit.

Concernant les prières de la rue, "elles concernent aujourd'hui moins d'une dizaine de lieux de culte au niveau national et les personnes qui se trouvent contraintes de prier dans la rue ne le font pas de gaieté de coeur", selon le CFCM.

M. Moussaoui a précisé que sur les 1.800 imams qui exercent, un tiers parlent parfaitement français, un tiers le parlent moyennement bien, un tiers sont en difficulté.

Quant aux menus dans les cantines scolaires, le président du CFCM plaide pour des "repas sans viande" et dément "une volonté des musulmans que des menus hallal soient systématiquement mis dans leurs écoles".