L'enseignement catholique peine à recruter

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L'enseignement catholique, confronté à de nombreux départs en retraite et une hausse des inscriptions d'élèves, peine à recruter des enseignants, une désaffection qui pourrait remettre en cause la croissance d'un secteur accueillant deux millions d'élèves.

"La question du recrutement est préoccupante. Le nombre d'étudiants aux concours a chuté, parfois de manière inquiétante", a déclaré jeudi Eric de Labarre, secrétaire général de l'enseignement catholique (SGEC).

Lors de la session 2010 qui s'est déroulée au printemps, le nombre d'inscrits au concours de recrutement de l'enseignement privé a baissé de 27% dans le premier degré (écoles) et de 21% dans le second degré (collèges, lycées). Ce chiffre est de 27% dans le second degré dans l'enseignement public.

"Depuis deux à trois ans, l'enseignement catholique peine à recruter. Ca s'accélère depuis deux-trois ans", confirme-t-on au SGEC.

"Nous nous trouvons devant une véritable interrogation sur ce sujet. Or, nous devons faire face à un besoin accru de recrutement compte tenu des départs à la retraite et de la hausse du nombre d'élèves", a ajouté M. de Labarre.

A la rentrée 2010-2011, l'enseignement catholique était assuré par 136.928 professeurs qui accueillaient 2 millions d'élèves (sur environ 12 millions d'élèves au total en France), soit 6.500 de plus que l'année précédente et 45.000 de plus qu'en 2005.

Dans le même temps, 50% des professeurs vont prendre leur retraite d'ici à 2020, un "défi à relever pour l'avenir", affirme le SGEC. Si ce problème n'est pas résolu, "cela mettra inéluctablement un coup d'arrêt à la croissance des effectifs", selon le SGEC.

"Cette pénurie d'enseignants est paradoxale, car contrairement aux idées reçues, l'image du métier reste très positive", ajoute-t-il.

D'après une enquête Ifop publiée jeudi et menée auprès de plus de 500 professeurs du privé, 89% d'entre eux se sentent utiles, 93% sont satisfaits de leur relation avec les élèves et 92% de la relation avec le corps enseignant. Pour 87% d'entre eux, le métier est intellectuellement enrichissant et si c'était à refaire, 82% le choisiraient à nouveau.

De plus, 57% des étudiants, toutes filières confondues, ont déjà envisagé de devenir enseignants. Alors pourquoi désertent-ils les concours ?, s'interroge le SGEC.

Le manque de reconnaissance semble être un des freins principaux : 88% des professeurs considèrent que leur métier "n'est pas reconnu aux yeux de tous" et est "socialement dévalorisé" et 68% estiment que le secteur public bénéficie de moyens plus importants.

D'autres difficultés sont également mises en avant comme les problèmes de discipline, l'échec scolaire, les programmes surchargés ou l'absence d'implication des parents.

Les établissements privés devraient perdre 1.500 emplois à la rentrée prochaine, ce qui correspond à la participation du secteur aux 16.000 suppressions de postes prévues dans l'Education nationale. Ils ont pourtant obtenu une rallonge budgétaire (correspondant à 100 postes) grâce à un amendement sénatorial lors du vote du budget 2011.

"La rentrée 2011 se fera dans un contexte extrêmement problématique. Dans certaines académies, nous serons dans une impasse", a ajouté M. de Labarre.

Pour attirer davantage de futurs enseignants, l'enseignement catholique va lancer une vaste campagne de communication avec distribution de prospectus et publication d'encarts publicitaires dans plusieurs médias.