25 ans après Tchernobyl, la communication française abonde sur Fukushima

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Happés par la catastrophe en cours à la centrale de Fukushima, le gouvernement français et la filière nucléaire ont décidé de communiquer abondamment, prenant, selon des experts, le contre-pied du "déni" qui avait prévalu lors de la catastrophe de Tchernobyl il y a vingt-cinq ans.

Depuis une semaine, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Ecologie et Eric Besson, son homologue de l'Industrie, ont parlé quotidiennement, évoquant "le scénario du pire". Présidente d'Areva, Anne Lauvergeon s'est exprimée plusieurs fois et souligné "l'urgence absolue", tandis que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ont multiplié les communiqués.

Cette communication, abondante, tranche par son ton: "Il n'y a pas de déni de la gravité de la situation. Il y a une volonté de transparence", souligne le consultant Didier Heiderich, président de l'Observatoire international des crises.

En 1986, les autorités françaises avaient tout fait pour minimiser l'impact de Tchernobyl, assurant que le nuage s'était arrêté à la frontière allemande. "Ce n'était même plus du déni, mais un mensonge d'Etat", ajoute le chercheur. "D'un côté du Rhin, on n'avait pas le droit de manger les salades cultivées, et de l'autre côté, il n'y avait aucune consigne!".

"On veut effacer les stigmates de la communication de cette époque", ajoute-t-il.

"Il y a du changement, mais cela n'est pas seulement dû à Tchernobyl. Sur des grands sujets à risques comme le sang contaminé, l'amiante ou la vache folle, il y a un lourd passif en terme de communication, et les Français sont devenus méfiants", précise Thierry Libaert, professeur de communication à l'Université de Louvain (Belgique).

Selon lui, c'est toutefois à la suite de la canicule de l'été 2003, lorsque les premières interventions médiatiques avaient été désastreuses, que les autorités ont véritablement pris conscience de la nécessité de maîtriser la communication de crise. Face au risque, il n'est aujourd'hui plus possible de verser "dans la minimisation", d'autant qu'avec l'explosion des communications et d'internet, toute dissimulation peut vite se révéler désastreuse.

"En même temps, il y a la volonté de protéger la filière nucléaire", relève Didier Heiderich. Le silence l'aurait disqualifiée, et ainsi, "en communiquant, elle s'impose comme un acteur légitime du débat qui s'instaure" sur l'avenir de l'énergie nucléaire en France.

"Le nucléaire, ce n'est pas le secteur de la santé. Ils ont trente ans d'expérience en matière de communication et beaucoup de moyens", souligne également un consultant d'un grand cabinet parisien qui a souhaité demeurer anonyme.

"Depuis le début, il n'y a pas eu de fautes majeures, poursuit-il. Les industriels comme Anne Lauvergeon et Henri Proglio (président d'EDF) ont notamment pris soin de parler après les politiques. Il y a une faute de goût cependant: ils sont un peu trop +VRP+ du réacteur nucléaire EPR".

"C'est dangereux de faire du commercial et de dire que l'EPR sera beaucoup moins dangereux", abonde Didier Heiderich. "D'abord parce qu'il n'y en a aucun de construit, et ensuite parce qu'en disant cela, ça ne rassure pas beaucoup sur l'ancienne génération des réacteurs" actuellement en fonction dans le pays.

"Par rapport au passé, cette communication est plutôt sur la bonne pente, elle donne des gages d'ouverture, conclut Thierry Libaert. Mais attention à l'effet boomerang: elle perdra toute crédibilité si le débat ne suit pas".