Dany Leprince: Le parquet demande la révision du procès

JUSTICE La Cour de révision s'est penchée, ce jeudi matin, sur le cas de Dany Leprince, condamné à la perpétuité pour un quadruple meurtre. Le 6 avril prochain, elle pourrait ordonner un nouveau procès.

Au palais de justice de Paris, Vincent Vantighem

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Dany Leprince quitte la maison centrale de Poissy, le 8 Juillet 2010, en compagnie de sa nouvelle épouse, Béatrice.
Dany Leprince quitte la maison centrale de Poissy, le 8 Juillet 2010, en compagnie de sa nouvelle épouse, Béatrice. — AFP/BORIS HORVAT

Ce jeudi matin, le «Flingueur» est venu au secours du «Boucher de la Sarthe» sans même s’en rendre compte. Le «Flingueur», c’est Charles Bronson, héros d’un film d’action américain de 1972. Le «Boucher de la Sarthe», c’est le surnom qu’on a donné à Dany Leprince, condamné à la prison à perpétuité pour un quadruple meurtre qu’il a toujours nié. C’était dans la soirée du 5 septembre 1994 à Thorigné-sur-Dué. Ce soir-là, TF1 diffusait le «Flingueur» en prime-time. Dany Leprince se souvient justement être tombé sur ce long-métrage en zappant avant de s’endormir. D’une scène notamment où Charles Bronson se balade dans une rue mal famée.

On dirait un simple détail. Mais c’est l’argument principal qui a été soulevé ce jeudi matin par Yves Baudelot, l’avocat de Dany Leprince, devant la Cour de révision. «Les horaires du film ont été expertisés. Dany Leprince ne pouvait pas être au même moment devant la télévision et en train de commettre ses meurtres», a-t-il plaidé. Après seize ans de prison, son client a vu sa peine suspendue l’été dernier en raison des «éléments de nature à faire naître un doute sur [sa] culpabilité».  Dans une procédure exceptionnelle, la Cour de révision a donc examiné ces «éléments». Elle a le pouvoir d’annuler, de confirmer la condamnation ou de convoquer un nouveau procès. Elle rendra sa décision le 6 avril prochain.

Quatre corps «massacrés, mutilés, découpés»

«Dany Leprince est prêt pour un nouveau procès», a déjà assuré son avocat au terme d’une plaidoirie de plus de deux heures. L’avocat général, Claude Mathon, aussi. «J’ai honte!», a lâché ce dernier en reprenant les incohérences de l’enquête de gendarmerie. A l’époque, le frère de Dany Leprince, sa belle-sœur et leurs deux enfants avaient été découverts morts chez eux. «Massacrés, mutilés, découpés», selon l’avocat général.

Les corps avaient été attaqués à la «feuille de boucher», une sorte de hachoir. Quarante coups pour Christian, le frère de Dany. Treize pour sa femme. Une vingtaine pour leurs deux filles âgées de 6 et 10 ans. Mis sous pression lors de sa garde à vue, Dany Leprince avoue le meurtre de son frère avant de se rétracter immédiatement.

«De la justice, vient la lumière»

Aujourd’hui, le doute a eu le temps d’infuser toutes les strates du dossier. Il y a ce couteau à manche jaune retrouvé dans un garage qui aurait pu servir aux crimes. Celui aussi découvert au fond d’une carrière et dont on a tenté d’effacer les traces. Il y a aussi, selon un témoin, les «galipettes» que faisait, Martine, l’ex-femme de Dany Leprince avec le gendarme chargé de mener l’enquête.

Au cœur du dossier désormais, Martine a d’ailleurs concentré l’attention lors de l’audience. Surtout les dernières déclarations qu’elle a lâchées lors de l’expertise psychiatrique: «Je me demande finalement si je n’ai pas fait quelque chose. J’ai peut-être tué quelqu’un. Je m’en veux d’avoir accusé Dany…» Un peu perdu dans cette grande salle d’audience, celui qui est toujours condamné s’est, lui, contenté d’une déclaration liminaire: «Je suis innocent. J’ai vécu seize ans d’enfer. Je veux juste mettre un terme à ce calvaire pour vivre normalement. J’ai toujours cru en la justice.» Au-dessus de sa tête, les peintures du plafond de la Cour de cassation sont là pour le rassurer. «E Justitia Lumen», peut-on y lire. De la justice, vient la lumière.