Affrontements à Asnières et Gennevilliers: Qu'est-ce qui a enflammé les jeunes?

DECRYPTAGE Retour sur les événements et leurs origines...

Hélène Colau et Catherine Fournier
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Des messages rendant hommage à un adolescent de 15 ans, Samy, poignardé  au thorax lors d'une rixe entre bandes sont accrochés à une grille, le  16 mars 2011 à Asnières-sur-Seine, près de la station de métro  Courtilles.
Des messages rendant hommage à un adolescent de 15 ans, Samy, poignardé au thorax lors d'une rixe entre bandes sont accrochés à une grille, le 16 mars 2011 à Asnières-sur-Seine, près de la station de métro Courtilles. — AFP PHOTO LIONEL BONAVENTURE

Que s’est-il passé depuis vendredi dernier?
Plusieurs rixes ont opposé des groupes de jeunes de la cité du Luth, à Gennevilliers, à ceux du quartier des Courtilles, à Asnières (Hauts-de-Seine). Dans la nuit de samedi à dimanche, Samy, un habitant d'Asnières âgé de 15 ans et demi a été mortellement poignardé au thorax. Dimanche après-midi, dans le même quartier, un homme de 22 ans a été passé à tabac et frappé à l'arme blanche. Lundi, la marche d'hommage à Samy a été perturbée et mardi, un adolescent a été frappé au bas du dos avec un tournevis près de la station de métro Asnières-Gennevilliers.

Qui sont les auteurs des violences?
Selon la préfecture du département, il s’agit pour la plupart d’adolescents âgés de 14 à 17 ans, «extrêmement mobiles, armés de bâtons, de barres de fer et parfois d’armes blanches». D’après les autorités locales, il ne s’agit pas de «violences urbaines» ou «d’affrontements entre bandes organisées» mais de rixes spontanées. 

Quel a été l’élément déclencheur?
Personne ne le sait vraiment. Selon Laurent Armaudas, secrétaire départemental adjoint des Hauts-de-Seine pour l’Unité SGP police, «un conflit de personnes qui date de plusieurs mois» serait à l’origine des événements de ce week-end. Tout le monde s’accorde à dire que la rivalité entre les jeunes de ces deux quartiers est très ancienne. Elle date d’«une dizaine d’années mais les violences se sont accentuées depuis fin 2009, début 2010», souligne le responsable syndical.

Qu’est-ce qui oppose ces jeunes?
Longtemps, cette rivalité a trouvé son origine «dans des trafics de stupéfiants» mais «aujourd’hui, rien ne permet de dire que la drogue explique ces affrontements», indique la préfecture. «Quand on interroge les anciens et les jeunes, personne n’est capable de dire pourquoi», remarque Sébastien Pietrasanta, le maire (PS) d’Asnières. L’élu avance toutefois quelques explications: «On pâtit de l’échec des politiques urbaines depuis plus de trente ans. On a concentré les logements sociaux, on ghettoïse ces quartiers, qui se sont paupérisés», explique-t-il. Un argument repris par le maire PCF de la ville voisine, Gennevilliers: «Ce sont des jeunes qui vont mal, sans perspectives, en échec scolaire et avec des problèmes familiaux», analyse Jacques Bourgoin, soulignant que «la crise est passée par là et n’a rien arrangé».

La configuration des deux quartiers, que seul un boulevard sépare,  est aussi en cause selon Christophe Crépin, d’Unsa-Police : «La géographie des lieux se prête à la violence urbaine. La station Les Courtilles est un carrefour entre plusieurs quartiers. Les jeunes s’observent de loin, se toisent, se préparent à la bagarre.» Sébastien Pietrasanta remarque également que la situation s’est dégradée depuis l’ouverture de la station, en juin 2008.

Quel est le dispositif policier mis en place?
150 policiers ont été déployés pour renforcer les effectifs de la Brigade spéciale de terrain, qui compte 16 policiers. Un couvre-feu pour les mineurs a par ailleurs été mis en place de 20h à 6h jusqu’au 24 mars. La mesure reçoit un accueil mitigé: «Pensez-vous que des jeunes qui ont fait front aux CRS, qui sont allés jusqu’à tuer un adolescent à coups de couteau, vont être arrêtés par un couvre-feu?», remarque Christophe Crépin. «A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle», répond Sébastien Pietrasanta.

Et après?
Laurent Armaudas se dit inquiet: «Quand le dispositif sera levé, comment les 16 fonctionnaires de police qui resteront sur le terrain vont faire pour gérer ces violences», s’interroge-t-il, craignant des représailles. Le parquet a annoncé la création d’un groupe local de traitement de la délinquance à Asnières et Gennevilliers. Sébastien Pietrasanta indique de son côté qu’un travail de fond est mené depuis 2008 dans les quartiers, notamment pour renforcer le rôle des parents et plus particulièrement des pères. «Ils sous-traitent parfois l’éducation aux femmes, qui se sentent seules. Il faut rétablir leur autorité», conclut le maire.