Guy Lefrand: «Le coeur du problème en psychiatrie, c'est l'organisation, pas les moyens»

INTERVIEW Le rapporteur UMP du projet de loi sur la réforme de la psychiatrie répond à ses détracteurs...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Guy Lefrand, en 2006 à Paris.
Guy Lefrand, en 2006 à Paris. — DURAND FLORENCE/SIPA

Les députés débutent ce mardi l’examen du projet de loi sur l’hospitalisation et des soins psychiatriques, jugé sécuritaire par le monde de la psychiatrie. Guy Lefrand, rapporteur UMP du texte, répond à ses détracteurs.

Comment abordez-vous l’examen de ce texte, vivement décrié par les professionnels du secteur, qui ont appelé à faire grève et à manifester devant l’Assemblée ce mardi?
Je l’aborde de façon tout à fait sereine. Les débats ne seront pas houleux. En commission des Affaires sociales, ils ont été très techniques. Au-delà de la médiatisation de certains, j’entends aussi des familles et des psychiatres soutenir ce projet de loin, notamment la possibilité de recourir à des soins ambulatoires sans consentement.

Il s’agissait en effet d’une demande des associations de familles de malades mais sa mise en œuvre reste floue...
La seule contrainte, c’est la menace d’être hospitalisé. A partir de deux ou trois absences du patient en consultation, le médecin doit prévenir le directement de l’établissement dans lequel il a été hospitalisé au départ, qui est responsable. Après, tout va dépendre des conventions signées entre les différents acteurs du département pour déterminer qui va intervenir pour aller chercher le patient. Cela peut être une équipe médicale, des pompiers ou des ambulanciers.

Que répondez-vous à ceux qui taxe ce projet de loi de sécuritaire?
Que rien n’est sécuritaire dans ce texte sinon la possibilité d’éviter à 4.000 personnes psychotiques de se suicider par an. Le projet de loi met en place une sorte d’«hospitalisation à la demande d’un tiers light», qui permet d’intervenir dans deux cas: lorsque la famille ne veut pas être le tiers, par peur de représailles, et lorsque les patients sont en situation de grande précarité et qu’ils n’ont pas de tiers. Soit on les laisse dans la rue, soit on les hospitalise d’office, ce qui représente beaucoup plus de contraintes. La loi propose donc une solution intermédiaire.

Au final, peu de personnes sont concernées par les hospitalisations sous contrainte (lire l’encadré). N’aurait-il pas fallu plutôt axer la réforme sur les moyens de la psychiatrie en général?
Encore une fois, ce projet de loi offre des outils réclamés par les familles et les psychiatres. Et le cœur du problème en psychiatrie, c’est l’organisation, pas les moyens. La France est le premier pays en Europe en termes de psychiatres par nombre d’habitants. Mais ils sont mal répartis sur le territoire et préfèrent faire de la psychothérapie que de la psychiatrie en milieu hospitalier. Il est vrai, toutefois, que la prise en charge en aval est désormais insuffisante car beaucoup de lits ont été supprimés. C’est pourquoi je plaide pour un grand plan de santé mentale, axé sur la recherche, le dépistage en amont et les soins en ambulatoire.