S'estimant discriminés, des parents d'élèves du 93 saisissent la Halde

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Après plusieurs semaines de mobilisation pour dénoncer des absences non remplacées d'enseignants, des parents d'élèves d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) saisissent la Halde, se jugeant victimes de "discrimination territoriale".

Des parents d'élèves de la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, ont présenté mardi leur lettre à la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), qu'ils devraient saisir dans les prochains jours.

Ils y affirment que 84% des absences de courte durée des enseignants du premier degré n'ont pas été remplacées à Epinay-sur-Seine depuis la rentrée. "Les enfants d'Epinay-sur-Seine ne reçoivent pas, de la part de l'Education nationale, le même traitement que les autres enfants du territoire français", écrit la FCPE, dénonçant "une discrimination".

Muriel Rumenieras explique ainsi que son fils en CM1 n'a pas eu classe durant trois semaines et demie au total depuis septembre, faute d'enseignant remplaçant.

La FCPE souligne que ces absences non remplacées touchent une population populaire et étrangère à près de 25%, qui "aurait besoin au contraire que l'Etat investisse tout particulièrement pour son éducation, son intégration, sa promotion sociale".

Pour dénoncer les absences non remplacées, des parents ont "occupé" pendant deux mois le bureau d'une directrice. Le 7 février, 20 des 28 écoles de la ville ont été bloquées.

Venu soutenir les parents, Claude Bartolone, député PS et président du conseil général, a répété que la Seine-Saint-Denis était "le département le plus pauvre et le plus jeune de France hexagonale", que les résultats au brevet y étaient de dix points inférieurs à la moyenne nationale.

Il a rappelé que 60 postes allaient être supprimés dans les écoles et collèges du département à la rentrée 2011, en dépit d'une forte augmentation du nombre d'élèves.

"On ne réclame pas l'aumône mais l'égalité", a-t-il dit.

Pour le ministre de l'Education Luc Chatel, la Seine-Saint-Denis bénéficie au contraire d'une "discrimination positive". Il reconnaît que le taux d'absence des enseignants y est "plus élevé que la moyenne nationale", mais dit que ce département est aussi "le mieux doté en matière de remplaçants".

L'inspecteur d'académie Daniel Auverlot explique qu'il y a eu en janvier "une ampleur importante des absences de courte durée" à Epinay. La ville se situant au bout du département, "certains enseignants ont un temps de trajet important et beaucoup de fatigue", dit-il.

Quant au dispositif qui devait permettre de faire venir des enseignants de départements voisins pour répondre aux absences d'enseignants, "c'est compliqué", selon M. Auverlot. Epinay est toute proche des Hauts-de-Seine et du Val d'Oise. "Ces départements sont dans une autre académie, il y a un certain nombre d'obstacles administratifs à surmonter", dit-il.

De son côté, Daniel Garault, qui avait déposé en juin des recours au tribunal administratif avec d'autres parents de Pantin (Seine-Saint-Denis), pour dénoncer les non remplacements d'enseignants, "persiste à dire qu'il y a une vraie discrimination".

Ses enfants sont désormais scolarisés à Paris, "notamment pour ces raisons de non remplacement". "Je peux faire le constat qu'il y a une différence de traitement évidente", dit-il. Les recours n'ont pour le moment rien donné.

Il pourrait en être de même pour la saisine de la Halde, la discrimination territoriale n'étant pas un critère reconnu par la loi. Mais la Halde attend de recevoir la saisine pour examiner les cas précis mentionnés.