Les hommes de plus de 40 ans cible d'une campagne contre l'abus d'alcool

© 2011 AFP

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Plus d'un quart des hommes de plus de 40 ans boivent de l'alcool quotidiennement, dont 15% ont une consommation plus de trois verres par jour, a révélé jeudi le ministère de la Santé en lançant une campagne ciblée sur cette population qui a tendance à sous-estimer les risques.

La campagne télévisée de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, intitulée "Boire un peu trop tous les jours, c'est mettre sa vie en danger", sera diffusée à partir de dimanche.

Elle vise l'abus d'alcool "qui ne conduit ni à l'ivresse, ni même à la perception d'un comportement à risque", a expliqué la secrétaire d'Etat chargée de la Santé, Nora Berra, au cours d'une conférence de presse.

Les hommes de plus de 40 ans, les plus concernés selon les premiers résultats du Baromètre Santé 2010, sont le coeur de cible.

La consommation quotidienne d'alcool est en effet presque inexistante avant 40 ans (3,4% des 15-39 ans). Elle concerne en revanche 16,6% des 40-75 ans : plus d'un quart des hommes (25,1%) et moins d'une femme sur dix (8,7%).

Parmi les hommes de plus de 40 ans, 15% ont une consommation régulière excessive (supérieure à 3 verres par jour), contre 3,2% des femmes (avec un seuil à 2 verres par jour).

Les hommes de plus de 40 ans gardent par ailleurs des habitudes de consommation ponctuelle importante : 45% déclarent avoir bu au moins une fois 6 verres ou plus en une même occasion au cours des 12 derniers mois (contre 15% des femmes).

"Il y a spontanément tendance à minimiser sa consommation d'alcool", a souligné le Directeur général de la Santé, Didier Houssin. "Et avec le temps on a tendance à consommer un petit peu plus et on minimise toujours, et donc finalement ça finit par faire une consommation importante dont les conséquences pour la santé sont claires : risque de cirrhose, risque de certains cancers", a-t-il ajouté.

L'alcool est responsable de 1,3 million de séjours hospitaliers chaque année et de 37.000 décès, a pointé Mme Berra.

Le spot télévisé illustre les effets cumulés d'une consommation quotidienne d'alcool, par l'utilisation d'un compte à rebours, de plus en plus sonore à chaque verre bu par le personnage.

Le psychiatre Philippe Batel (hôpital Beaujon, AP-HP) a pour sa part espéré que la campagne permette de prendre conscience des seuils d'alerte pour des consommations "qui apparaissent anodines - un apéro à midi, deux verres de vin à table".

"On n'est pas dans la dépendance, on n'est pas dans l'excès perceptible, mais ça n'est pas rien", a-t-il dit à l'AFP.

"On a beaucoup communiqué sur l'ivresse, sur les jeunes et sur les femmes. Or la grande majorité des sujets qui sont en danger à cause de leur consommation d'alcool sont des hommes entre 40 et 60 ans", a-t-il souligné.

Il a également rappelé le rôle des médecins généralistes et des médecins du travail dans le repérage précoce des consommations à risque.

"On a du mal à convaincre les généralistes qu'un conseil minimal est efficace, alors que c'est le cas", a-t-il regretté, soulignant que les services d'addictologie ne peuvent pas absorber toute la population des consommateurs réguliers à risque.

La campagne télévisée - visible aussi sur internet - renvoie vers deux dispositifs d'information : le site wwww.alcoolinfoservice.fr et la ligne téléphonique 0 811 91 30 30.

Le site propose un test d'évaluation de sa consommation d'alcool qui permet de la situer objectivement et de visualiser la quantité d'alcool consommée en une semaine (en bouteilles de whisky, de vin et de bière).

  1. Site d'information sur l'alcool