Après plusieurs agressions, les médecins demandent des mesures concrètes

SANTE Ils dénoncent «l'inertie des pouvoirs publics»...

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Le médecin lyonnais Guy Perrot avait été retrouvé mort, ligoté, à son cabinet le 23 novembre 2010.
Le médecin lyonnais Guy Perrot avait été retrouvé mort, ligoté, à son cabinet le 23 novembre 2010. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Trois cas récents d'agressions contre des médecins ont relancé la question de la violence contre les personnels de santé, au moment où le ministère de l'Intérieur et l'Ordre des médecins s'apprêtent à annoncer ce mois-ci des mesures pour freiner ce phénomène préoccupant.

Successivement fin février deux femmes médecins et un professeur hospitalier ont été poignardés ou frappé, victimes soit de leur responsabilité médicale face à des patients voulant se venger d'eux, soit de la violence ordinaire qui s'abat sur eux comme sur d'autres catégories professionnelles.

Le 18 février, c'est une gynécologue de Soyaux (Charente) qui reçoit cinq coups de couteau d'une patiente quinquagénaire lui reprochant de l'avoir accouchée il y a vingt ans d'un enfant malformé.

Le crâne «labouré»

Quatre jours plus tard, le chef du service de gastro-entérologie de l'hôpital Henri Mondor de Créteil, le professeur Jean-Charles Delchier, a le crâne «labouré», selon ses propres termes, par une femme en furie, armée d'un coupe-papier, l'accusant d'avoir «tué» son père. Elle s'était introduite dans son bureau déguisée en infirmière.

Le même jour, une gynécologue de Pierrefitte, subissait la violence endémique du département de Seine-Saint-Denis, un mineur la frappant à la tête et lui fracturant la main pour lui voler son sac.

Les trois praticiens ont heureusement évité le pire, ce qui ne fut pas le cas d'un médecin de 69 ans, retrouvé mort et ligoté fin novembre à Lyon, probable victime d'un toxicomane.

Des agressions plus graves

La violence contre les médecins a des causes et des formes multiples. «Il y a la violence endogène liée à l'acte médical lui même: le temps d'attente qui est trop long, le refus d'arrêts de travail, de certificats, le désaccord sur un traitement, et la violence exogène qui est sociétale et qui touche les médecins comme les autres», analyse le docteur Bernard Le Douarin.

Il a la charge, au sein du Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) de l'Observatoire pour la sécurité de cette profession créé en 2002. Cet observatoire avait recensé 540 agressions en 2009, pas plus nombreuses que l'année précédente mais plus graves.

«Nous publierons nos nouveaux chiffres le 29 mars mais nous les assortirons aussi de mesures concrètes», a indiqué à l'AFP Bernard Le Douarin. Selon lui, le ministère de l'Intérieur et l'Ordre ont fait «un énorme travail depuis le mois de septembre», que l'un et l'autre vont prochainement rendre public.

Médecins isolés

Mais la profession s'impatiente. Ainsi la CSMF, le plus important syndicat de médecins libéraux, dénonçait en début de semaine «l'inertie des pouvoirs publics», malgré deux réunions en décembre et en janvier avec le ministère de l'Intérieur.

«Je suis installé dans ma commune depuis 30 ans et je n'ai jamais eu la visite de policiers de mon quartier alors que le commissariat n'est pas très loin de mon cabinet», déplore Georges Siavellis, médecin à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), et lui-même agressé à deux reprises. Ce médecin s'estime plus en sécurité car il dirige un cabinet où travaillent 14 personnes.

Mais des médecins plus isolés du «9-3» ou d'autres secteurs difficiles s'équipent en matériels de protection ou choisissent de fermer leur cabinet. Globalement les médecins libéraux ne sont pas assez regroupés, ce qui faciliterait leur sécurité. Selon Claude Leicher, président du syndicat de généralistes MG France «seulement 50% des médecins français travaillent en groupe contre 90 à 95% dans les pays nordiques».

A l'hôpital, la sécurité semble théoriquement plus aisée à mettre en place mais les restrictions budgétaires sont un frein. «Quand on nous demande de choisir entre un scanner et des caméras on va choisir le scanner», a déclaré le professeur Delchier.