Mediator: Jacques Servier entendu à huis clos par les députés

SANTE Huit personnes au total du laboratoire seront entendues...

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Jacques Servier, président du laboratoire éponyme, devant l'Elysée.
Jacques Servier, président du laboratoire éponyme, devant l'Elysée. — FACELLY / SIPA

La mission d'information de l'Assemblée nationale sur le Mediator devait auditionner mercredi soir, à huis clos, un personnage central du dossier: Jacques Servier, président des laboratoires qui ont produit ce médicament qui serait à l'origine de 500 à 2.000 décès.

Le huis clos «nous a été imposé par M. Servier lors de la demande d'audition», a précisé à l'AFP Jean-Pierre Door, rapporteur de la mission. «Il nous a bien spécifié que sans huis clos il ne viendrait pas, et on n'a pas voulu faire l'impasse».

«Tout le monde est libre de venir»

Devant une mission d'information, à la différence d'une commission d'enquête, «tout le monde est libre de venir ou pas, nous n'avons aucun moyen de pression», a précisé le député UMP. Déjà deux responsables de l'Afssaps (agence de sécurité sanitaire des médicaments), entendus le 17 février, avaient demandé le huis clos.

Dans ce cas, rien n'apparaît dans le compte-rendu réalisé en principe par l'Assemblée des travaux de la mission, en attendant le rapport de la mission, en juin. A tout le moins, Jacques Servier devrait être interrogé sur ce choix du huis clos par les députés.

En outre, pour éviter la présence de journalistes dans la salle ou dans les couloirs, les auditions précédentes de l'après-midi - de membres de commissions de pharmacovigilance - sont également fermées à la presse, mais sont retransmises sur le site de l'Assemblée nationale.

Huit personnes de chez Servier auditionnées

La délégation des laboratoires Servier qui sera entendue comprend huit personnes: outre le président Jacques Servier, le président opérationnel Jean-Philippe Seta, le secrétaire général Christian Bazantay, le directeur de la division scientifique gériatrie Pierre Schavi, le directeur de Ardix Medical Daniel Molle, du directeur Biopharma Denis Schutz, la directrice des affaires pharmaceutiques mondiales Patricia Maillère, la directrice des affaires publiques Marie-Noëlle Banzet.

Le député PS Gérard Bapt, président de la mission, indiquait mercredi qu'on lui avait annoncé pas moins de 12 personnes, sans doute, disait-il, «pour faire corps, pour manifester un esprit d'entreprise».

«Je m'attends à un discours très formaté, il ne faut pas s'attendre à des scoops», a ajouté Gérard Bapt, qui est lui-même cardiologue. Les députés vont quand même essayer de comprendre «ce qui s'est passé».

Entre 500 et 2.000 morts

M. Door prévoyait notamment de leur demander pourquoi ils avaient été si  «insistants», à la fin des années 90, quand on se posait la question du maintien du produit, pourquoi, quand le benfluorex (principe actif du Mediator) a été interdit dans les prescriptions magistrales, il a été conservé en prescription classique, pourquoi le produit a été maintenu en France quand il a été retiré de la vente en Espagne et en Italie...

A l'issue de l'audition, vers 20H00, les responsables de la communication du groupe pharmaceutique français devraient faire une déclaration à la presse.

Le Mediator, un anti-diabétique prescrit aussi comme coupe-faim, aurait fait en 33 ans de 500 à 2.000 morts, avant d'être retiré du marché français en novembre 2009. Plus de 300 plaintes ont été déposées à Paris dans ce dossier, auxquelles se sont jointes celles de l'Assurance maladie, de la Mutualité française ainsi que de l'association UFC Que Choisir.