Affaire Karachi: le mystère du versement des 7 millions de francs dans la campagne de Balladur

JUSTICE Et l'audition de Gérard Longuet, le nouveau ministre de la Défense, est réclamée par les parties civiles...

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Comme l'a précisé Edouard Balladur devant la presse, ce nouveau "round" de concertation impliquera étroitement le gouvernement, le Parlement et "l'ensemble des forces politiques". Objectif: déposer "une sorte de loi d'orientation" à la session d'automne.
Comme l'a précisé Edouard Balladur devant la presse, ce nouveau "round" de concertation impliquera étroitement le gouvernement, le Parlement et "l'ensemble des forces politiques". Objectif: déposer "une sorte de loi d'orientation" à la session d'automne. — Jacques Brinon AFP

Le trésorier de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, René Galy-Dejean, a assuré devant le juge Renaud van Ruymbeke être incapable d'expliquer un versement en espèces de 7 millions de francs en faveur du candidat battu en 1995.

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René Galy-Dejean a été entendu le 15 février comme témoin assisté, statut intermédiaire entre celui de témoin et de mis en examen, par le juge van Ruymbeke, chargé d'enquêter sur un volet financier de l'affaire Karachi.

Au printemps 2010, le quotidien Libération avait révélé l'existence d'un document récapitulant un versement de 10 millions de francs (1,5 million d'euros) au Crédit du Nord le 26 avril 1995.

«Ma surprise est totale»

«Je n'avais jamais vu ce document et ma surprise est totale parce que je n'ai jamais déposé 10 millions de francs au Crédit du Nord», a dit René Galy-Dejean au juge, selon son PV d'audition cité par Mediapart et Le Monde. L'ex-trésorier a précisé se souvenir uniquement d'un versement de 3 millions de francs.

Le trésorier explique être allé le 26 avril 1995 déposer 3 millions de francs en espèces au siège du Crédit du Nord à Paris. «C'est la seule fois où je suis allé déposer de l'argent au Crédit du Nord», explique t-il, selon son PV d'audition.

Dans les mois qui suivent, René Galy-Dejean s'inquiète de ne pas voir d'arrêté des comptes du candidat Balladur, qu'il est censé signer en vue d'un dépôt au Conseil constitutionnel au plus tard le 13 juillet.

Il n'a pas vu l'arrêté des comptes

«Le 7 ou 8 juillet, je suis allé aux nouvelles auprès de M. Bienaimé (expert-comptable, ndlr) que j'ai trouvé embarrassé puisqu'il m'a indiqué que les comptes avaient été déposés le 5 juillet. Je réalise à ce moment-là que je n'avais pas vu l'arrêté des comptes, que je ne l'avais pas signé et que je ne l'avais pas déposé», dit-il.

Il découvre alors qu'il n'a pas été désigné comme représentant de Edouard Balladur devant le Conseil constitutionnel.

Interrogé sur la provenance de 7 millions de francs déposés en coupures de 500 francs, il répond:«Je l'ignore. Je suis incapable de vous dire d'où vient cet argent que je n'ai pas déposé».

Accusations «parfaitement infondées» pour Balladur

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur a jugé ces derniers mois «parfaitement infondées» les allégations d'un financement politique occulte. Libération avait suggéré qu'ils pourraient provenir de commissions versées sur le contrat de vente de sous-marins au Pakistan en 1995.

Parallèlement, l'avocat de parties civiles, Me Olivier Morice, a annoncé qu'il allait demander l'audition de Gérard Longuet, en tant que président du Parti républicain de 1990 à 1995, par le juge en charge de l'enquête sur l'attentat de Karachi, Marc Trévidic.

Gérard Longuet, nouveau ministre de la Défense, avait succédé à la tête du Parti républicain à François Léotard, qui a récemment été entendu par le juge.