Les syndicats disent non au mantien de Didier Lombard à France Télécom

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Le maintien comme conseiller au sein de France Télécom de l'ex-PDG Didier Lombard a suscité jeudi «choc» et «incompréhension» des syndicats, qui jugent qu'il aurait fallu «couper les ponts» avec un patron à l'origine d'un bilan social «calamiteux», marqué par une vague de suicides.

Mercredi soir, la direction a annoncé que Didier Lombard devenait «conseiller spécial de Stéphane Richard (qui sera PDG à compter du 1er mars, ndlr) sur les orientations stratégiques et la vision technologique du groupe».

«C'est l'étonnement et la surprise. On ne comprend pas», a déclaré à l'AFP Pierre Dubois, délégué CFDT, ajoutant avec ironie que Dider Lombard, qui aura 69 ans dimanche «mérite amplement sa retraite».

Fragilisé par une vague de suicides

L'ancien patron, nommé en 2005, avait cédé les rênes opérationnelles du groupe le 1er mars 2010 à Stéphane Richard, après avoir été fragilisé par une vague d'une trentaine de suicides de salariés entre janvier 2008 et fin 2009.

«On pensait qu'avec son départ, au moins une des pages serait tournée résolument. On s'aperçoit qu'il passe conseiller. On voudrait en connaître les raisons exactes», a ajouté Pierre Dubois.

«Pour nous, Didier Lombard ne peut pas rester conseiller de Stéphane Richard. Ce n'est pas admissible», estime de son côté Patrice Diochet (CFTC). «Pour aller de l'avant, il faut que France Télécom coupe les ponts. Il faut qu'on rétablisse la confiance. Elle n'existe toujours pas dans l'entreprise».

Plaintes pour harcèlement moral

«Il faut montrer des signes aux salariés. Et l'un des signes c'est que Didier Lombard ne soit plus conseiller», a insisté le syndicaliste.

Patrick Ackermann (SUD), juge lui aussi que le maintien de Dider Lombard dans l'entreprise pose problème, dans la mesure où il n'est pas là «uniquement pour faire de la figuration».

Rappelant que son syndicat «a porté plainte contre cette direction là au moment de la crise», notamment pour harcèlement moral des salariés, le délégué estime qu'il «semblait logique qu'assez rapidement quand même il y ait un changement de direction bien net».

Une décision «politique»

C'est l'équipe de direction emmenée par Didier Lombard qui a «mis en place un système de management par la pression avec un plan de 22.000 suppressions d'emplois, le plan Next», a-t-il souligné, précisant que l'instruction de la plainte syndicale est toujours en cours.

Pour Nabyl Beldjoudi (FO), la décision est «politique». «On ne peut pas, du point de vue de la direction, ne pas défendre le numéro un lorsqu'il est accusé au pénal», déplore-t-il.

Quant à la CFE-CGC/UNSA, qui dénonce «un héritage calamiteux» laissé par Didier Lombard, et notamment «une entreprise traumatisée par une crise sociale sans précédent», elle avait exigé dès mercredi soir «le départ immédiat de Didier Lombard».

Stock-options

Avec l’ADEAS (Association pour la défense de l’épargne et de l’actionnariat des salariés de France Télécom-Orange), l'organisation syndicale a dénoncé «un maintien en poste dans le but de bénéficier de ses stocks-options».

Si Didier Lombard «quittait le groupe, il perdait la possibilité de les faire valoir. Or le cours est actuellement trop faible pour les exercer», ont-ils souligné.

Stéphane Richard a récusé ces accusations jeudi dans une conférence de presse. «Le fait qu'il prenne un rôle de conseiller auprès de moi dans les mois qui viennent n'a rien à voir avec cette affaire d'options», a-t-il assuré, précisant que le total des stock-options concernées était de 300.000.

«On peut avoir des tas d'avis sur les uns et les autres et en particulier sur Didier Lombard. (...) Il y a une chose qu'on peut difficilement contester, c'est la connaissance exceptionnelle qu'il a de ce secteur», a-t-il insisté.