Polémique sur les sanctions des chômeurs

© 2006 AFP

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La réforme du contrôle des chômeurs vise, aux yeux du gouvernement, à favoriser la reprise rapide d’un emploi, tandis que des associations, syndicats ou experts craignent des méthodes coercitives, culpabilisantes et inefficaces.
Pour le gouvernement, l’introduction de sanctions graduées, allant jusqu’à la suppression des allocations chômage au 3e refus d’emploi, fait partie d’un ensemble de mesures destinées à favoriser le retour à l’emploi.
L’objectif affiché est de lutter contre d’éventuels « abus » et résoudre l’apparente contradiction entre un taux élevé du chômage (près de 10%) et « 500 000 offres d’emplois non pourvues », selon des estimations avancées en juin par le Premier ministre.
Un chiffre controversé car basé sur des projections, rétorque la CFTC, qui estime que « le problème, c’est d’abord de proposer des emplois » et reproche au gouvernement de « culpabiliser les chômeurs ».
Si la réforme du contrôle des chômeurs introduit le principe de la gradation des sanctions, la radiation des listes et la suspension des allocations étaient déjà utilisées par les services de l’emploi, qui ont sanctionné près d’un demandeur d’emploi sur cinq en 2004 (pour absence à convocation, fausse déclaration, refus d’emploi, ou encore doute sur la recherche d’emploi), selon les chiffres officiels.
Nombre de chômeurs se sentent déjà « coupables », affirme Jean-Pierre Guenanten, du mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP). « Cela va s’accentuer avec la menace de sanctions », prédit-il.
Le gouvernement « se trompe de cible », déclare à l'AFP Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Les « abus » viennent principalement « des cadres, qui prennent leur temps pour trouver l’emploi idéal en touchant des allocations conséquentes » et ne sont pas concernés par les emplois non pourvus, qui concernent l’hôtellerie-restauration ou le bâtiment, explique-t-il. Le vrai problème, c'est que « peu d'emplois transitent par l’ANPE ».
Dans près d’un tiers des cas, en effet, ce sont les réseaux de connaissances qui permettent d’accéder à un emploi, suivis par les candidatures spontanées (plus de 20% des cas). Viennent ensuite à égalité l’ANPE et les agences d’interim (16%) et, dans une moindre mesure, les petites annonces.
La CFTC craint aussi que les « pressions ne s’exercent sur les agents de l’ANPE pour qu’ils procèdent à des radiations ».
A l’ANPE, « la culture n’est pas de radier les chômeurs », souligne Philippe Sabater, du SNU-ANPE. « Les agents sont déjà sous pression, les demandeurs d’emploi peuvent attendre plusieurs heures leur conseiller et cela va s’accentuer avec les rendez-vous mensuels », explique-t-il.
La CFDT estime pourtant « positif » que le « projet personnel du demandeur soit au centre du dispositif », que « les sanctions soient graduées » et « qu'il y ait une possibilité de recours ».

Avec AFP