Gérard Apfeldorfer sur l'obésité: «L'important n'est pas ce qu'on mange mais comment on le mange»

Propos recueillis par Catherine Fournier

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  — APESTEGUY/SIPA

Pourquoi sommes-nous trop gros? Comment endiguer l’épidémie de surpoids et d’obésité qui touche plusieurs pays occidentaux dont la France ? Quatre spécialistes tenteront de répondre à cette question jeudi soir lors d’un débat en partenariat avec le CNRS (>> pour leur poser vos questions, cliquez ici, ils y répondront). Parmi eux, Gérard Apfeldorfer, psychiatre et psychothérapeute spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire et cofondateur du G.R.O.S (Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids). Il explique à 20minutes.fr comment sortir de l’engrenage.

Que pensez-vous de l’actuelle campagne du gouvernement, qui préconise de manger cinq fruits et légumes par jour et de limiter les aliments gras et sucrés?
Ça ne va pas juguler le problème de l’obésité, au contraire. Cela diabolise certains aliments, qui deviennent désirables, et créé des délinquants alimentaires. Ces messages coercitifs sont du mauvais bon sens. L’important n’est pas ce qu’on mange mais comment on le mange. Il faut prendre le temps de manger, calmement et faire attention à ce qui se passe dans notre bouche. Si l’on retrouve ces sensations alimentaires, on mange quand on a faim et on s’arrête à satiété. 

Mais ne faut-il pas éviter d’abuser de certains aliments?
Si l’on n’est pas déréglé dans son rapport à l’alimentation, tout cela se régule naturellement. Quand on mange du fast-food, du pâté ou du saucisson, on est très vite rassasié. Et on a envie de manger autre chose, comme des légumes.

Quels facteurs peuvent être à l’origine d’un dérèglement alimentaire?
Les conseils nutritionnels, du type «mangez ci et pas ça», les régimes – arrêter d’en faire est une façon de prévenir l’obésité – et les émotions. Elles vous font parfois manger pour d’autres raisons que la faim, pour faire face à vos difficultés de vie en général.

Quels conseils donnez-vous à vos patients atteints de surpoids ou d’obésité?
Il faut qu’ils réapprennent à écouter leurs sensations alimentaires, en évitant devant manger devant leur ordinateur par exemple, et qu’ils travaillent sur les difficultés émotionnelles qui provoquent ces dérèglements.

Cela suffit-il à perdre tout le poids que l’on veut?
Non. Les gens peuvent maigrir mais pas autant qu’ils le voudraient. C’est difficile de connaître la marge de perte de poids  pour chaque personne. Cela dépend du type de graisses accumulées dans l’organisme. Soit on remplit les cellules graisseuses déjà existantes, soit en crée de nouvelles et dans ce cas, c’est irréversible. Il n’y a pas de retour en arrière total. C’est le problème des régimes, dont il faut tourner la page. Comme le disait le rapport de l’Anses, non seulement ils ne font pas maigrir sur le long terme mais ils font grossir et sont mauvais pour la santé.

Quelle politique de prévention préconisez-vous?
Il faut arrêter avec une prévention interdictrice et dirigiste. C’est aux instances gouvernementales de réhabiliter le repas et l’attention portée aux bonnes choses. Avec des confrères, nous avions réfléchi à des slogans possibles pour lutter contre l’obésité. Cela donnait : «Le dîner, partager ses aliments, partager sa journée», «à chacun selon sa faim», pour les enfants «Ne finis pas ton assiette si tu n’as plus faim», «mangez au calme» etc. Le modèle alimentaire français nous protège encore un peu, mais cela se perd et bien souvent on se contente de «faire le plein à la pompe».