Avalanche de mesures anti-stress dans le secteur des nouvelles technologies

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Les entreprises du secteur des nouvelles technologies, qui se targuent d'être en pointe pour les conditions de travail, multiplient les mesures pour lutter contre le stress, sans toujours convaincre les salariés, encore marqués par la vague de suicides à France Telecom.

Microsoft, qui ne compte en France que 1.400 salariés, a ainsi annoncé début février la mise en place d'un "Observatoire de la santé" avec le soutien d'un cabinet spécialisé en risques psychosociaux (stress, dépression, violences...).

Les salariés seront appelés à répondre à un questionnaire à l'occasion de leur visite médicale annuelle. Ils se verront également proposer des sessions de formation de 30 minutes sur le "stress au travail", et pourront apprendre des "techniques de relaxation rapide".

Quelques jours auparavant, c'était le numéro un mondial des ordinateurs Hewlett-Packard (HP) qui lançait un programme baptisé "Vivre mieux", prévoyant des conférences sur le sport et la nutrition ou des séances du type "Comment faire un repas équilibré avec les restes du frigo".

Alors que le ministre du Travail et de la Santé, Xavier Bertrand, a annoncé d'ici fin mars un "bilan qualitatif" des accords sur le stress, ces initiatives dans les entreprises high-tech, qui s'ajoutent aux accords ou plans d'actions mis en oeuvre, semblent laisser les syndicats plutôt dubitatifs.

Chez HP, la CGT se demande ainsi si la direction s’est "laissée abuser par une société de conseil en ressources humaines un peu +illuminée+". Elle se méfie d'un programme permettant au groupe "de se faire +mousser+ sur le thème de la gestion du stress".

Sur le blog de la CFTC du groupe, des salariés anonymes jugent la direction "à côté de la plaque", et dénoncent une opération "marketing".

Même son de cloche chez Microsoft, où en apprenant la volonté de créer un observatoire, la CFTC avait parlé de "marketing social".

Chez SFR, un syndicaliste, qui préfère rester anonyme, a indiqué à l'AFP que "les soucis de France Télécom ont servi de déclencheur", un facteur qui vaut sans doute pour l'ensemble du secteur, les 35 suicides recensés en 2008 et 2009 ayant fortement marqué les esprits.

"Depuis 18 mois, il y a un ensemble de moyens et de mesures mises en place", a-t-il expliqué, disant espérer que ce serait suffisant ... "jusqu'au jour où on aura une catastrophe".

Stéphane Dubled, délégué CGT chez Alcatel, explique que des négociations, en cours, devraient aboutir dans les prochains mois.

"Même si ce n'est pas aussi désespéré que France Télécom, il y a eu des tentatives de suicide et des suicides", affirme le syndicaliste. Son sentiment est que, pour l'heure, la direction cherche "plus à se couvrir en cas d'accident qu'à faire des efforts réels pour prendre le stress à sa source".

Si Apple, connu pour son mutisme, indique sobrement que ces thèmes "ne sont pas abordés publiquement", Dorothée Burkel, l'une des directrices des ressources humaines de Google, se montre plus diserte.

Lors d'un récent colloque sur le "Bien-être au travail", elle a ainsi reconnu que l'entreprise avait "le cocktail parfait pour faire le pire endroit pour travailler au monde", évoquant des managers souvent dans un autre pays, une entreprise américaine "donc pas réputée pour la qualité de son dialogue social", baignant dans les nouvelles technologies, et travaillant "en open-space".

"Et pourtant ça fonctionne", a-t-elle affirmé. Le groupe (240 salariés en France) réserve ses plus belles salles aux salariés: même s'il "n'a l'air de rien" ce symbole est, selon elle, un gage de "cohérence".