Des centaines de milliers d'Italiennes disent "Basta" à Silvio Berlusconi

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Des centaines de milliers d'Italiennes ont manifesté dimanche dans tout le pays pour dire "basta" (ça suffit) à Silvio Berlusconi, estimant que la dignité des femmes est bafouée par le scandale Rubygate de prostitution de mineure auquel est mêlé le chef du gouvernement.

Dans la capitale, la Piazza del Popolo était noire de monde, avec presqu'autant d'hommes que de femmes et de nombreux enfants. Même si personne n'avançait de chiffre sur l'affluence, certains parlaient de plus de 50.000 personnes, peut-être 100.000 rassemblées sur cette place emblématique.

Les banderoles scandaient les slogans "Indignées!" ou "Ne m'appelez pas prostituée, je suis une esclave!" tandis que beaucoup brandissaient des pancartes et chapeaux roses proclamant "Si ce n'est pas maintenant alors quand?", du nom du mouvement organisateur. De nombreuses participantes confiaient que c'était leur première manifestation.

Ce rassemblement visait aussi à attirer l'attention sur les difficultés de la femme italienne et à revendiquer son droit à travailler, à être aidée (crèches, mi-temps) quand elle devient mère et à ne pas être discriminée. Les organisatrices ont annoncé des "états généraux" pour mars.

Beaucoup d'hommes ont dit être présents "par solidarité" pour rejeter une "culture diffuse" qui fait des femmes des "objets d'échange sexuel" à la télévision, dans la publicité et en politique.

Des messages de femmes célèbres ou inconnues et même de religieuses, envoyés au blog des organisateurs, ont été lus en tribune. "Je ne supporte plus d'avoir honte de mon pays", "je vais devenir folle si j'entends encore dire que les femmes servent à détendre les hommes", disaient les plus applaudis.

A Milan, malgré la pluie, des dizaines de milliers de personnes ont fustigé l'"image indécente" donnée par le chef du gouvernement.

"Nous sommes ici pour dire que les femmes ne sont pas toutes comme les prostituées de Berlusconi. C'est une image horrible, nous sommes la risée du monde", dit Maria Rosa Veritta, une femme au foyer d'une soixantaine d'années venue d'Arcore, près de Milan, où se trouve une résidence de M. Berlusconi, théâtre de fêtes débridées avec des dizaines de jeunes femmes.

C'est Palerme qui avait donné le coup d'envoi le matin avec 10.000 manifestants.

Même si aucune appartenance syndicale ou politique n'était revendiquée, la majorité de droite y a vu une attaque politique.

"Ceux qui manifestent appartiennent à la mouvance anti-berlusconienne fondée sur la gauche", a jugé Fabrizio Cicchitto, chef des députés du Peuple de la liberté (PDL) le parti de Silvio Berlusconi.

Giulia Bongiorno (bien Bongiorno), une femme de droite ex-membre du PDL, a dit manifester "non pas par moralisme ou pour critiquer des fêtes osées mais pour dénoncer quand cela (participer aux fêtes, ndlr) devient un système de sélection de la classe dirigeante", en référence à Nicole Minetti, une des organisatrices des fêtes devenue conseillère régionale du PDL.

Des manifestations ont eu lieu aussi à l'étranger: des centaines de personnes à Tokyo, Toulouse, Paris ou Lyon. A Bruxelles, un millier de protestataires portaient des pancartes clamant "Nous ne sommes pas à vendre!", "Tu dois partir maintenant!", "100% italienne, 0% berlusconienne!".

Les organisatrices ont revendiqué 100.000 participants à Turin et Milan, 5O.000 à Gênes pour crier: "nous à Arcore, on n'y va pas!", 30.000 à Florence, 10.000 à Bari (sud-est), 9.000 à Venise, 3.000 à Trieste (nord-est) et des milliers à Padoue, Pérouse, etc.

A la fin de l'après-midi, l'actrice Angela Finocchiaro a annoncé que "plus d'un million de personnes" avaient manifesté dans le monde entier dans le cadre de cette initiative, chiffre invérifiable de source indépendante.