Exclusif: deux tiers des Français soutiennent les magistrats

SONDAGE A la veille de la manifestation des robes noires...

Matthieu Goar

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Magistrats, greffiers, fonctionnaires et avocats du Palais de Justice de Nantes écoutent les raisons justifiant des reports d'audience, le 7 février
Magistrats, greffiers, fonctionnaires et avocats du Palais de Justice de Nantes écoutent les raisons justifiant des reports d'audience, le 7 février — AFP PHOTO / FRANK PERRY

Les magistrats ont  remporté la première bataille de la guerre de l’opinion. Attaqués par le chef de l’Etat dans l’affaire de l’assassinat de Laëtitia  et depuis mobilisés dans un mouvement de protestation historique, ils sont soutenus par 65% des Français, selon un sondage exclusif de l’institut BVA pour 20minutes (34% trouvant ce mouvement peu ou pas du tout justifié, 1% ne se prononçant pas). « Nicolas Sarkozy a voulu jouer avec la peur des victimes. Il a voulu faire vibrer la corde sensible mais ce sondage montre que les gens comprennent nos difficultés», analyse Richard Samas, secrétaire national de l’USM, syndicat majoritaire dans la profession.

>> Richard Samas répondra à vos questions ce jeudi à partir de 9h30 sur 20minutes.fr

Soutenu par une vingtaine d'organisations (avocats, personnel pénitentiaire, etc), le mouvement semble avoir convaincu de nombreuses strates de la population. Ainsi 73% des CSP +, 65% des CSP –, 60% des inactifs et logiquement 90% des sympathisants de gauche (contre 31% des sympathisants de droite) disent trouver justifiés le ras-le bol des magistrats. Même les plus de 65 ans sont une courte majorité à trouver ces manifestations justifiées (51% contre 49%).

Aucun rendez-vous prévu avec le ministère

Un désaveu pour la stratégie du chef de l’Etat. Après le meurtre de Pornic, Nicolas Sarkozy avait accusé les magistrats, coupables de «fautes» dans le suivi de Tony Meilhon, suspecté d'avoir assassiné Laëtitia. Ces déclarations ont mis le feu aux poudres dans une profession sous pression. Depuis 5 jours, la contestation ne cesse de se propager. Mercredi, pas moins de 170 tribunaux (sur 195) ont opté pour un renvoi des audiences non urgentes. «Lors de notre AG de mardi, 300 des 500 magistrats du TGI de Paris étaient présents. Je n’ai jamais vu ça.  Nos troupes sont très remontées», poursuit Richard Samas.

Face aux attaques politiques, les organisations syndicales dénoncent le manquent de moyens et évoquent la nécessité d’un plan Marshall de la justice. Jeudi, une journée nationale de mobilisation est organisée avec en point d'orgue une manifestation à Nantes et des rassemblements dans les grandes villes. Une façon de continuer à convaincre les Français. «Après les actions de jeudi, ouvrons nos portes au public pour leur expliquer nos difficultés. Notre métier est trop mal connu», souhaite Mathilde Mathieu, de FO magistrature, dans les couloirs du Palais de justice de Paris désertés. Le mouvement pourrait en effet perdurer. Pour le moment aucun rendez-vous n’est prévu entre le ministère de la justice et l'intersyndicale qui attend avec impatience l'émission télévisée de Nicolas Sarkozy, jeudi soir.