Dur d'être moniteur de ski étranger en France, rétive aux concurrents européens

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La France, deuxième pays au monde en nombre de skieurs, suscite la convoitise des moniteurs de ski étrangers, au grand dam des professionnels français qui dénoncent une concurrence déloyale et redoutent les effets de l'instauration d'une carte professionnelle européenne.

Celle-ci permettrait en effet une libre circulation des professionnels de la montagne à travers l'Union européenne. En cours de discussion, les pays ne sont pour l'heure pas d'accord sur le niveau requis pour l'obtention du diplôme.

En attendant, la France, avec ses 56 millions de journées skieurs (dont 50% d'étrangers) la plaçant à la deuxième place sur le marché mondial, fait figure d'eldorado difficile à conquérir pour ces moniteurs.

"Tout est fait pour nous décourager de nous installer!", soupire en cette veille de vacances Andrew Parker, moniteur britannique à La Tania, station huppée du domaine des Trois Vallées, fréquentée par environ 70% de skieurs anglophones.

Ce trentenaire, d'abord moniteur stagiaire, a dû patienter six années avant d'obtenir le droit d'exercer. Il est aujourd'hui affilié à l'Ecole de ski internationale (ESI), concurrente de la traditionnelle Ecole de ski français (ESF).

Comme lui, les moniteurs étrangers doivent en effet, pour avoir le droit d'exercer en France, passer un test technique ardu, l'Eurotest.

"J'ai passé plus de vingt fois le test technique avant de le réussir, alors qu'en Angleterre, j'avais le diplôme du plus haut niveau", peste Andrew Parker dans un français impeccable.

"La concurrence est rude ici avec les moniteurs étrangers", notamment britanniques, reconnaît Manchu Dugit, directeur de l'ESF à La Tania.

"Alors qu'on est surdiplômés, les moniteurs étrangers viennent trois-quatre ans comme stagiaires, sans passer le test technique", regrette Pierick Queffeuleu, vêtu du traditionnel pull rouge des moniteurs de l'ESF.

"On a cinq ans de formation en moyenne et je ne vois pas pourquoi le niveau devrait s'abaisser", poursuit-il, inquiet que l'arrivée d'une "carte professionnelle européenne" ne se traduise par une baisse de niveau.

Mais d'un autre côté, "cette carte nous permettrait d'arrêter de jouer aux gendarmes et aux voleurs", souligne Gilles Chabert, président du SNMSF, évoquant la présence des moniteurs "marrons", exerçant sans les diplômes nécessaires.

"Pour poursuivre un moniteur de ski sans diplôme, il faut prouver qu'il y a eu une transaction entre lui et ses clients et les prendre sur le fait", explique le lieutenant Gilles Chessel, du peloton de gendarmerie de haute-montagne de Bourg-Saint-Maurice, en Savoie.

"Or, parfois les moniteurs se font directement payer par les tours opérateurs dans leur pays ou expliquent que leurs clients sont en réalité des amis", résume le gendarme.

"J'ai été contrôlé plusieurs fois et ces moniteurs sont rares", minimise Andrew Parker, qui reconnaît démarcher ses clients via les tours opérateurs ou par du porte-à-porte dans la station, notamment du temps où il était stagiaire.

"L'année dernière, j'ai suivi un cours à La Plagne avec un moniteur de l'ESF qui ne parlait pas anglais, alors c'est quelqu'un du groupe qui a dû traduire. Je pense qu'on a perdu un peu des explications", témoigne Clara Thompson, touriste écossaise qui a choisi cette année de suivre un moniteur anglais.