Tony Meilhon entre les mailles du système judiciaire

JUSTICE Il est au centre d'un bras de fer entre les magistrats et Nicolas Sarkozy, mais des fautes ont-elles été commises ?

Julien Ménielle

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Un cameraman filme, le 24 janvier 2011 à Arthon-en-Retz, une caravanne dans le  jardin du domicile où a été interpellé Tony Meilhon, le principal suspect aux  yeux de la justice, dans l'affaire de la disparition de la jeune Laetitia  Perrais.
Un cameraman filme, le 24 janvier 2011 à Arthon-en-Retz, une caravanne dans le jardin du domicile où a été interpellé Tony Meilhon, le principal suspect aux yeux de la justice, dans l'affaire de la disparition de la jeune Laetitia Perrais. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

«Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute.» Par cette petite phrase concernant Tony Meilhon, Nicolas Sarkozy s’est mis les magistrats à dos. D’autant que le chef de l’Etat a promis que «ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés». Mais des fautes ont-elles réellement été commises?

La sortie de prison
Tony Meilhon a connu le milieu carcéral avant sa majorité, pour des petits délits (vol de voiture, conduite sans permis). C’est dans un établissement pour mineurs, en 1997, alors qu’il a 17 ans, qu’il est accusé d’avoir, avec d’autres co-détenus, introduit un balai dans l’anus d’un délinquant sexuel. Il nie toute implication mais est condamné en 2001 à cinq ans de prison, dont deux avec sursis. Il est donc inscrit au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infraction sexuelle ou violente (FIJAIS) et doit donc informer les autorités de son adresse tous les ans. Il collectionnera treize condamnations au total, pour braquages, insultes à des policiers, refus d’obtempérer ou encore outrage à magistrat, la dernière en date. Lorsqu’il est sorti de prison, Tony Meilhon  avait purgé ses onze années, sans réduction de peines. Il était soumis  à une mise à l'épreuve de deux ans pour sa dernière condamnation.

Le suivi judiciaire
Pas considéré comme dangereux, Tony Meilhon avait pour toute obligation de rechercher un emploi et de se faire suivre par un médecin. Mais, faute de personnel (trois juges d'application des peines et 17 agents de probation pour suivre 3.300 détenus à Nantes), le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) ne peut gérer tous les cas. Parmi les 732 dossiers laissés de côté, celui de Tony Meilhon. Une décision prise au printemps 2010, et qui sera approuvée par le tribunal de Nantes et l'administration pénitentiaire, qui dépend du ministère de la Justice. Il était cependant inscrit au fichier des personnes recherchées depuis le 4 janvier, car il n’avait pas signalé son dernier changement d'adresse.

Les plaintes en cours
L’ancienne compagne de Tony Meilhon a indiqué avoir porté plainte contre lui en décembre dernier, pour «agressions sexuelles» et «menaces de mort». Elle n’était pas la seule, puisqu’au total, sept plaintes ont été déposé contre le suspect et sont toujours en cours. Des plaintes que la police n’a cependant pas portées à la connaissance de la justice. Ses proches indiquent par ailleurs avoir prévenu les autorités que Tony Meilhon était dangereux. «Si la justice nous avait écouté nous, il aurait jamais fait ça», affirment-ils.